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«J’ai horreur des films racoleurs» – Micheline Lanctôt

Entrevue avec la réalisatrice Micheline Lanctôt pour la sortie d’un nouveau film Une manière de vivre.
Photo Chantal Poirier Entrevue avec la réalisatrice Micheline Lanctôt pour la sortie d’un nouveau film Une manière de vivre.

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Ne cherchez pas de larmes ni d’excès de sentimentalisme dans le cinéma de Micheline Lanctôt. Tant dans son nouveau long métrage Une manière de vivre que dans toute sa filmographie. «J’en ai contre la tyrannie de l’émotion», clame la cinéaste et comédienne.

Mme Lanctôt discutait avec Le Journal de son film, construit à partir des théories revenues à la mode du philosophe rationaliste néerlandais du XVIIe siècle, Baruch Spinoza, quand le sujet de l’émotion à l’écran a fait irruption dans la conversation.

«Cela a toujours été une préoccupation chez moi. J’ai horreur des films qui racolent alors que c’est 90 % du cinéma américain. Ça m’irrite­­­, je me sens manipulée, je n’aime pas ça. À cet égard, j’ai beaucoup plus d’affinités avec le cinéma européen qui, au moins, n’écrase pas l’histoire avec du mélo.»

Comme Spinoza, Micheline Lanctôt­­­ estime qu’il est préférable de comprendre plutôt que de ressentir, tout en admettant que ce parti-pris anti-sentimentalisme lui a sans doute nui au cours de sa carrière. «Les gens ont de la difficulté à adhérer à mes histoires parce que je ne leur donne pas beaucoup d’émotions. J’essaye toujours de garder beaucoup de place pour penser, réfléchir, comprendre ce qui se passe. Je dis souvent à mes acteurs que ce n’est pas un acteur qui pleure qui est le meilleur. De toute façon, la majorité des gens essayent de ne pas pleurer en public», lance-t-elle en rigolant.

Hermétique? Pas du tout

Même s’il s’ouvre sur une longue scène où quatre protagonistes analysent en long et en large la pensée de Spinoza en table ronde et qu’il refuse les émotions préfabriquées, Micheline Lanctôt affirme qu’Une manière de vivre n’a rien d’hermétique­­­.

«Vous le trouvez hermétique?» siffle-t-elle, un peu remontée par la remarque. «Je ne trouve pas. Le film est touchant. Si vous faites référence à la table ronde, des gens adorent et d’autres non. En parlant à des philosophes qui ont participé à la table ronde et qui enseignent à de jeunes cégépiens, je me suis rendu compte que Spinoza est extrêmement populaire auprès des étudiants. Ce n’est pas un philosophe hermétique qui n’est pas à la portée de tous.»

Une manière de vivre suit trois personnages — une femme dont le conjoint vient de s’enlever la vie brutalement, sa fille escorte de luxe et boulimique et un professeur de philosophie belge de passage à Montréal — aux prises avec un fort sentiment de culpabilité et qui sont en quête d’une forme d’apaisement.

Ainsi, Colette (jouée par Gabrielle Lazure) va donner de son temps dans une maison de soins palliatifs pendant que le professeur Josse (le Français Laurent Lucas) fuit vers le Nord québécois, où maints périls l’attendent, dont l’attaque violente d’un carcajou.

«Une naturelle»

Comme c’est son habitude, Micheline Lanctôt n’a pas passé d’auditions pour constituer sa distribution. Par exemple, c’est tout simplement en la voyant donner une entrevue à la télé qu’elle a statué que Rose-

Marie Perreault était la candidate idéale pour le rôle de l’escorte.

Capable de sensualité autant que de fragilité, la jeune comédienne, qui fait parler d’elle ces temps-ci pour son travail dans la série Le monstre, ne lui a pas fait regretter son choix.

«C’est une naturelle, vante la cinéaste. Elle était estomaquée parce que je l’ai choisie sans la rencontrer et sans savoir ce qu’elle avait fait avant. On s’est rencontrées deux mois après que je lui ai envoyé le scénario. Mais la caméra l’aime. Elle n’a pas besoin de faire grand-chose pour être efficace.»


► Une manière de vivre prend l’affiche­­­ le 1er novembre.