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La vente de Rona : une bonne affaire pour le Québec?

La vente de Rona : une bonne affaire pour le Québec?
Photo d'archives, Chantal Poirier

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Le Québec : république de bananes

Disons-le clairement et franchement : il ne peut avoir de souveraineté et de nationalisme pour tout pays s’il ne contrôle pas une bonne partie de son économie et de ses fleurons par le biais de ses sociétés à propriété collective qui appartiennent à la population. C’est ce que font la France, la Chine, la Russie, l’Italie, etc. Quant aux États-Unis, ils bloquent systématiquement toute offre d’achat étrangère qui vise ses transnationales comme Boeing, Exxon, Pfizer, Google et cie. Tout pays qui se respecte doit dire non à l’emprise étrangère sur leurs joyaux comme la France l’a fait avec la pharmaceutique Aventis, l’agroalimentaire Danone et l’automobiliste Renaud, au nom de la sécurité et de la souveraineté nationale. Essayez donc, juste pour voir, de lancer une offre d’achat sur Airbus? Airbus en France ce n’est pas Bombardier et ses C-Series.

Il n’y a pas de meilleure façon de s’appauvrir collectivement que de laisser filer nos grandes compagnies à des étrangers. Pas seulement au niveau des emplois délocalisés et de la perte du siège social, mais du fait que cela constitue une dette permanente, pire que la dette publique, puisque l’argent récolté au pays en sortira chaque année afin d’alimenter le compte de banque de la société étrangère. Et en plus, ces compagnies à contrôle étranger ne se gênent pas pour se mêler d’affaires politiques et sociales. À cet effet, leurs lobbyistes sont très actifs. J’ai choisi à dessein mon sous-titre de « république de bananes », car les pays africains cesseront d’être pauvres et exploités par les Occidentaux et par leurs gouvernements le jour où ils prendront leur économie en main. Pour ce faire, il va falloir que le peuple se soulève et fasse la révolution. 

La vente de Rona, c’est bon pour qui?

C’est au début du mois de février 2016 que Rona a été vendue à l’américaine Lowe’s pour 3,2 milliards $.

En plus des riches actionnaires, qui a profité de cette vente? Comme toujours, les gros bureaux d’avocats et de comptables, les banques et les dirigeants et administrateurs qui, souvent, n’ont pas fondé l’entreprise. Ce sont des professionnels embauchés par la firme et qui ont tout intérêt à vendre afin de s’enrichir instantanément : « Vente de Rona : plus de 40 millions $ pour les patrons » et « Un pactole (environ 20 à 25 millions) pour le grand patron (Robert Sawyer) ».

Quant aux employés ordinaires, ils passent toujours à la trappe, comme cela sera le cas chez Rona, et comme ce fut le cas pour Alcan, Provigo, Cambior, Biochem Pharma, Axcan Pharma, Domtar, Aliments Carrière, Sico, etc.

C’est toujours la même chanson, les acheteurs étrangers promettent à des politiciens de conserver le siège social au Québec et d’augmenter le nombre d’emplois sans parler des gros investissements envisagés. Et nos élus intoxiqués idéologiquement répètent au peuple ces belles paroles comme des perroquets et prétendent faussement qu’ils ont arraché des promesses et des concessions sans toutefois qu’il n’y ait rien d’écrit. Dans certains cas, nos élus se comportent comme des lobbyistes ou des gens de relations publiques au service de l’acheteur. 

Rona a été vendue en 2016 alors qu’en 2012, les mêmes dirigeants « nationalistes » affirmaient que Rona devait rester sous contrôle canadien : « Rona n’est pas à vendre, clament les patrons ». Il ne faut jamais se fier à la parole de certains très attirés par le fric. 

La vente de nos fleurons est une bonne affaire, selon Dominique Anglade du PLQ

Au moment de la vente de Rona à Lowe’s en 2016, la ministre libérale de l’Économie d’alors, madame Dominique Anglade, a rencontré les dirigeants de l’acquéreur et en était sortie toute ravie des engagements qu’elle croyait naïvement avoir arraché de dur combat au bénéfice des Québécois. Elle s’était alors exprimée, toute joyeuse : « Vente de Rona. Une transaction bénéfique pour le Québec, selon la ministre Anglade ».

Ça ne se peut pas, et dire qu’elle veut devenir cheffe du Parti libéral du Québec, et éventuellement première ministre?

C’est la même personne qui, lors du don, et non pas de la vente des avions C-Series de Bombardier à l’européenne Airbus, nous avait largué cette autre perle : « La vente (plutôt le don) à Airbus était inévitable dit la ministre Anglade ».

À mon sens, c’est effrayant d’inepties. 

Philippe Couillard trouvait ça bon aussi

Vous croyez avoir tout lu de la part de l’ex-ministre libérale de l’Économie, Dominique Anglade? Non. Philippe Couillard, ex-premier ministre, devait mettre son grain de sel. Vraiment, Couillard et Anglade faisaient la paire. Afin de justifier la vente de Rona, il nous a servi ces propos incroyables et indignes d’un chef d’État :

- « Rona. Couillard prône une économie ouverte aux marchés étrangers ». 

- « Rona. « Nous ne construirons pas un mur autour du Québec, dit Québec » 

Et pour mieux vous embobiner, monsieur Couillard a prétendu qu’en 2014 les entreprises québécoises avaient effectué des investissements de 30 milliards $ à l’étranger, sans spécifier qu’une bonne partie de ses 30 G$ avaient été « investis » à l’étranger dans des paradis fiscaux afin de ne pas payer d’impôt ici et que des entreprises sont supposément québécoises, comme le CN qui appartient majoritairement à des Américains. Personne ne lui a demandé la destination exacte des investissements « québécois » à l’étranger (dans quel pays) et de nous préciser ce qu’il entend par entreprise québécoise. Pas bien grave, ça permet ainsi à nos politiciens de tourner les coins très ronds.

La Caisse de dépôt dit oui aussi

Placer à la tête de la Caisse de dépôt et placement du Québec un ex-dirigeant de Bell Canada comme Michael Sabia vous assure que celui-ci aura une définition étriquée de ce qu’est la notion de nationalisme économique et politique. C’est donc sans surprise que la Caisse de dépôt a cédé à Lowe’s ses 18,2 millions d’actions de Rona, soit 17% des actions en circulation : « La Caisse de dépôt estime ne pas avoir eu le choix de laisser Rona aux mains de Lowe’s ».

Je ne sais pas pour vous, mais moi ça me fâche de me faire déballer de telles sottises. Il est évident que le patronat applaudissait à ce délestage de Rona à Lowe’s.

Lowe’s honorera ses promesses

« Lowe’s dit qu’il honorera ses promesses. Le président canadien du quincaillier tente de rassurer les employés de Rona ». 

Bye bye les emplois et le siège social. Les dirigeants de Lowe’s sont morts de rire de vous avoir endormi aussi facilement avec l’aide, ne l’oublions pas, des élus. Ça fait que, à la mi-octobre 2019 : « Plus de 200 emplois payants vers l’Inde. Lowe’s-Rona va transférer presque tous les postes en technologie de l’information de son siège social ».

De son siège social du Québec s’entend, qui s’en va en Inde. Dominique Anglade avait bien raison : ce fut une merveilleuse transaction bénéfique pour le Québec.