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L’état des forces dans un Parlement éclaté

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L’élection fédérale est maintenant derrière nous. La poussière retombe tranquillement. Les Canadiens se réveillent aujourd’hui avec un gouvernement minoritaire, donc, par nature, précaire. Tous les chefs ont d’énormes défis et écueils devant eux. Aperçu des mois à venir.

Gueule de bois conservatrice

Photo Simon Clark

Le chef conservateur Andrew Scheer se réveille en ce lendemain d’élections plus affaibli que jamais. Son leadership est attaqué de toutes parts. Certains prêchent la patience, d’autres sont déjà arrivés à la conclusion que M. Scheer n’est pas l’homme de la situation.

M. Scheer plaide que sous sa houlette, le Parti conservateur a augmenté sa députation d’une vingtaine de sièges, et qu’il a obtenu plus de votes que Justin Trudeau en nombre absolu. Mais obtenir des scores quasi staliniens en Alberta n’est pas tout à fait un signe de bonne santé politique. On peut même en conclure que M. Scheer a été incapable d’agrandir sa chapelle, prêchant obstinément à des convertis.

« Andrew Scheer n’a pas pris assez de risques, par exemple en proposant un plan environnemental plus solide », croit Tim Powers, un stratège conservateur de longue date.

Les militants conservateurs décideront au printemps s’ils renouvellent leur confiance en leur chef. Mais, déjà, des noms circulent quant à un éventuel remplaçant.

Le réveil est particulièrement brutal pour son lieutenant du Québec Alain Rayes, qui a fait un travail admirable afin de réunir une brochette de candidats tout à fait respectable. Force est de constater que beaucoup de Québécois sont allergiques au conservatisme social de M. Scheer.

Se tenir en Bloc

Photo Agence QMI, STEVE MADDEN

La sortie-surprise de l’ex-chef du Bloc québécois Martine Ouellet rappelle l’existence de factions bien distinctes au sein du parti.

Mais elle rappelle surtout, plus généralement, la tendance qu’ont les indépendantistes à exprimer très publiquement leurs désaccords.

Yves-François Blanchet, qui ne cumule pas une tonne d’expériences politiques, encore moins en tant que chef, aura la responsabilité d’encadrer la trentaine de députés du Bloc à Ottawa.

« Le défi, c’est de voir comment il va emmener les gens nouvellement élus qui n’ont jamais été à Ottawa à travailler d’une façon cohérente, cohésive, en équipe », analyse la politologue de l’Université d’Ottawa Geneviève Tellier.

Avec ses 32 députés, le Bloc obtient le statut de parti officiellement reconnu à la Chambre des communes, avec les budgets qui y sont associés. En siégeant à des comités, ses élus auront l’occasion d’ajouter leur grain de sel aux projets de loi.

C’est par la qualité de ce travail législatif, accompli loin des projecteurs, que sera surtout mesurée, en fin de compte, la pertinence du Bloc à Ottawa.

Les troupes bloquistes devront aussi expressément regarnir leur trésor de guerre avant la prochaine élection.

– Avec la collaboration d’Émilie Bergeron

Un nouveau Justin Trudeau ?

Photo Agence QMI, Matthew Usherwood

Le chef libéral doit-il s’entourer de plus de Québécois ? Oui, répondent d’instinct des libéraux déçus de la performance de leur parti dans la Belle Province. En coulisses, on souligne que l’entourage du chef avait été averti du potentiel de croissance du Bloc québécois.

Les sonneurs d’alertes n’ont pas été écoutés par la clique torontoise du premier ministre.

Un stratège libéral de longue date tient à tempérer. Après tout, tous les ministres québécois du PLC ont été réélus. Et avec 35 sièges, dont plusieurs dans le Québec francophone, le parti est bien en selle. Rien à voir, donc, avec la débâcle du PLQ au provincial l’an dernier, poussé dans ses derniers retranchements montréalais.

Le défi du PLC dans l’Ouest est plus criant. Justin Trudeau n’a fait élire personne en Saskatchewan et en Alberta. Le premier ministre doit trouver une façon de faire une place à ces provinces dans son entourage, idéalement dans son cabinet.

Justin Trudeau s’est donné un mois afin de constituer son équipe de ministres. Il avait eu besoin de deux semaines en 2015. « C’est un signe de maturité », croit notre ancien stratège. C’est aussi sans doute le signe que des changements importants sont à venir au sein de sa garde rapprochée, estime notre libéral.

Jagmeet dans les sables mouvants

Photo Sarah Bélisle

Le chef du NPD, Jagmeet Singh, ne doit pas se bercer d’illusions ; bien qu’il détienne la balance du pouvoir, son rapport de force face aux libéraux de Justin Trudeau demeure très limité à court terme.

« Tant que le parti n’est pas prêt à retourner en élections, son rapport de force est très faible », croit un ancien attaché de presse du parti, Farouk Karim.

Le NPD est cassé comme un clou. Il doit se refaire avant de remonter dans l’arène électorale.

Dans ce contexte, Jagmeet Singh doit s’atteler à diminuer les attentes de ses militants, tout en démontrant qu’il détient certains pouvoirs d’influence sur Justin Trudeau.

« Les prochains mois seront plus une guerre d’opinion publique qu’une guerre législative au Parlement », estime M. Karim.

Il faudra selon lui attendre au 2e budget libéral, au printemps 2021, pour observer le premier réel affrontement entre le gouvernement et les oppositions, qui seront à ce moment mieux équipées financièrement pour jouer de leur poids politique.

Du sang neuf chez les verts

Photo DIDIER DEBUSSCHERE

La chef du Parti vert, Elizabeth May, se dit prête à passer le flambeau. C’est probablement une bonne nouvelle pour les militants.

Les verts ont connu une campagne décevante. Les trois petits députés qu’ils ont fait élire pèsent bien peu dans la balance de ce gouvernement minoritaire.

« Il y a vraiment un travail important à faire de réorganisation, de leadership et de préparation à la prochaine campagne », souligne Geneviève Tellier, de l’Université d’Ottawa.

– Avec la collaboration d’Émilie Bergeron