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Non, le Canada n’est pas divisé

Enfin, pas plus qu'avant.

Non, le Canada n’est pas divisé

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Depuis le scrutin du 21 octobre, on nous sert une carte illustrant les résultats électoraux qui est trompeuse et est instrumentalisée pour des argumentaires divers. Lundi dernier, Justin Trudeau a perdu sa majorité, c’est tout. Le Canada n'est pas davantage divisé qu'il ne l'était la semaine passée.  

Les maritimes rouges, le Québec turquoise, l’Ontario rouge et l'Ouest bleu. Or, si l’on regare la carte du Canada dans son ensemble, les partis qui remportent les comtés au nord du pays vont physiquement prendre plus de place que les autres à première vue. En effet, ce étant des territoires faiblement habités, les circonscriptions sont gigantestques, prenant jusqu'à 50% du territoire d'une province avec un seul député! Tel que notre enseignant de géographie nous l'a si bien appris en secondaire 3, la population du Canada est concentrée au Sud.    

En Ontario, en Colombie-Britannique et dans les maritimes, on y trouve de tout. Bleu, rouge, orange et vert. Et même une indépendante dans Vancouver-Granville. Les Prairies font exception. C’est bleu presque partout. Il faut toutefois relativiser de tels résultats puisque dans le contexte d'un mode de scrutin comme le nôtre. Beaucoup d'électeurs n'ont pas voté pour le parti conservateur dans ces provinces, mais ils ne récoltent rien. Ce même mode de scrutin qui a permis au PCC de pratiquement tout rafler dans les prairies, c’est également celui qui lui bloque l’accès au pouvoir malgré avoir gagné le vote populaire.  

Pluralité au Québec   

On entend beaucoup dire que le Québec est turquoise en bloc, isolé même, ou alors qu’il envoie un fort message à Trudeau. C'est selon ce qui sert les intérêts de la personne qui parle! Or, le Bloc a gagné 32 sièges, soit moins de la moitié des sièges québécois. La remontée du Bloc n’a rien de banal! Yves-François Blanchet et son équipe sont parvenus à trippler le nombre de sièges. Mais cette «vaguelette» ne peut être utilisée pour justifier tout et n'importe quoi. Le PLC a obtenu 45% des sièges et 35% des votes contre 40% des sièeges et 32% des votes pour le Bloc. En fait, la majorité des sièges du Québec est passée du Bloc, en 2008, au NPD, en 2011, aux Libéraux, en 2015. En gardant la majorité des sièges en 2019, Justin Trudeau est le premier chef de parti à réussir l'exploit depuis... Gilles Duceppe.  

Le pouvoir de Trudeau est affaibli. Au Québec, il a perdu des sièges au profit du Bloc, ailleurs au Canada, il en a perdu aussi, au profit des trois autres partis nationaux. Dans les derniers jours, j’ai vu plusieurs indépendantistes utiliser les résultats de l’élection illustrés sur la carte du Canada pour justifier la pertinence de la souveraineté. J’ai beau être favorable à l’indépendance du Québec, spinner une carte des résultats en faisant croire que cela démontre quoi que ce soit de tel est ridicule. Les exemples appuyant le fait que le Québec est une société distincte sont légion, inutile d’utiliser les résultats de l’élection de façon erronée.   

J’ai, tout comme vous j'imagine, aussi vu des personnes utiliser la carte des résultats pour démontrer que le Québec est «divisé» entre Montréal et les régions. Roméo Bouchard a même qualifié Montréal rouge libéral de «cancer», sous-entendant bien sûr, que ce cancer est dû à l’immigration. Heu ça va?   

De toute façon, qu’est ce que ça veut dire au fait, un «pays divisé» par des résultats électoraux? Il aurait fallu que les Canadiens votent comment pour que le Canada soit «uni»? Tous pareil? Voilà qui serait démocratiquement débile.