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Quand les Irakiens regrettent Saddam Hussein...

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Depuis deux semaines, les Irakiens protestent massivement dans les villes partout à travers le pays. Ces manifestations ont été violemment réprimées. Elles ont fait 150 morts et 6000 blessés. Que veulent les Irakiens ?

Officiellement, ils veulent mettre leurs politiciens à la porte. Tant ceux qui gouvernent que ceux qui sont dans les partis d’opposition. Les Irakiens en ont assez de vivre dans la misère. Tendez bien l’oreille. En réalité, ils regrettent l’époque de Saddam Hussein. Une époque où les services de santé étaient décents, où l’éducation était plus accessible. Des temps où Bagdad était une ville agréable à vivre, malgré la dictature.

1. Qui est à la tête du gouvernement irakien ?

Le premier ministre est Adel Abdel-Mehdi, un homme au passé trouble. Docteur en économie de l’Université de Poitiers, il sera d’abord proche des maoïstes, puis de l’ayatollah Khomeiny. En 2009, ses gardes du corps participent à un vol de banque sanglant. Jusqu’en 2017, il demeurera membre d’un parti fondamentaliste religieux, le Conseil suprême islamique irakien. En 2018, à la demande du président irakien, il forme un gouvernement de coalition. Il est pro-iranien et anti-américain.

2. Qui dirige l’Irak ?

Dans les faits, la politique irakienne est très probablement largement influencée par les États-Unis. L’ambassade américaine en Irak est la plus grande ambassade des États-Unis dans le monde. Cette ambassade a une importance démesurée par rapport à la taille de l’Irak, qui n’est que le 34e pays au monde en termes de richesses et le 36e en termes de population. De plus, les États-Unis possèdent 12 bases militaires conjointes en Irak. L’influence des États-Unis en Irak ressemble à celle qu’ils avaient au Japon dans les années 1950.

3. Qu’est-ce que la population reproche le plus aux politiciens irakiens ?

La population irakienne est furieuse contre la corruption. La corruption est pire qu’au temps de Saddam Hussein. World Transparency classe le pays au 13e rang des pays les plus corrompus. L’Irak est le 4e plus grand producteur de pétrole au monde, mais la manne pétrolière profite surtout à une petite minorité de privilégiés.

4. En quoi ce qui arrive en Irak est-il similaire à ce qui se produit ailleurs ?

L’accessibilité relativement récente aux médias via internet, les nouveaux espaces d’échange créés par les médias sociaux, les flux massifs d’immigrants dans les pays démocratiques contribuent tous à éveiller la conscience des populations des pays en voie de développement à l’égard de la corruption et des abus de pouvoir. La corruption existe aussi dans les pays démocratiques, mais elle est bien moins importante que dans la plupart des autres pays. Aussi, quand les conditions de vie se détériorent, comme c’est présentement le cas en Irak, les gens trouvent de plus en plus insupportable qu’une petite minorité s’enrichisse grâce à la corruption.

5. Quels seront les effets de ces mouvements de protestation ?

Quelques partis d’opposition demandent des élections anticipées. Dans le meilleur scénario, des élections anticipées pourraient porter au pouvoir une nouvelle génération de politiciens. Malheureusement, le pays est aux prises avec un système électoral proportionnel. Étant donné les clivages politiques, ethniques et religieux, il est probable que des élections aboutiront à des résultats similaires à ceux des élections précédentes. Le système d’élections à la proportionnelle empêche la formation d’un gouvernement majoritaire. Sans gouvernement majoritaire, il est impossible de voter des mesures efficaces contre la corruption ou encore de redistribuer la richesse plus équitablement.