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«Fais ta guerre, fais ta joie» de Robert Lalonde: un hymne à la création

Robert Lalonde
Photo Pierre-Paul Poulin

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Puisant dans ses souvenirs d’enfance, l’écrivain et acteur Robert Lalonde rend hommage à son père, à la création et aux créateurs dans son nouveau livre, Fais ta guerre, fais ta joie. Avec une écriture superbe, poétique et très évocatrice, il montre les liens subtils qui existent entre les différentes formes d’art et toute la complexité d’un mystérieux processus... la création.

«C’est un plaidoyer, pour moi, sur ce que c’est vraiment être un artiste, sur ce que c’est que de travailler en sachant plus ou moins ce qu’on fait, mais en étant passionné», explique-t-il, en entrevue. «Mon père était comme ça.»

Dans ces nouveaux récits, il raconte comment il observait son père, peintre du dimanche, préparer ses toiles. Il s’émerveillait de voir apparaître sur la toile l’image d’un grand arbre qu’il avait aperçu, et d’avoir le sentiment qu’il était plus vrai que nature.

L’idée du livre lui est venue à Paris, en sortant du Musée du Louvre. «J’ai vu tellement de chefs-d’œuvre que j’étais comme assommé, comme si plus rien ne me touchait tout d’un coup. Et dans la vitrine d’un bric-à-brac, j’ai vu une petite toile. J’ai pensé à mon père qui travaillait en dehors des académies, qui a eu du mal, toute sa vie, à se faire reconnaître. Ensuite, j’ai pensé à moi, à mon écriture, à mon travail, à l’art.»

Poésie et peinture

Robert Lalonde fait beaucoup de liens entre la poésie et la peinture, se questionne sur le travail de création fait par les artistes, que ce soit des grands maîtres comme Van Gogh et Gauguin ou ses amis peintres, qui lui ouvrent leur atelier et qui le fascinent.

«Je suis un grand visiteur d’ateliers de peintres, à la suite de l’influence de mon père. J’ai été très influencé par ça et je continue de l’être», précise-t-il.

Son père faisait du dessin commercial pour gagner sa vie. «Il a commencé par faire des affiches pour le village et il est devenu graphiste commercial pour des grosses compagnies de publicité. Ce qui fait qu’il a mis sa peinture de côté pendant des années. Quand il s’y est remis, il était gêné de montrer ses toiles et de les exposer.»

Il avait quelques tableaux de son père et les a presque tous perdus lorsque sa maison est passée au feu il y a quelques mois. Ces toiles, près de 4000 bouquins, les albums de famille et beaucoup de souvenirs.

«Tout est parti, sauf un seul tableau, que j’aime beaucoup. Mon livre dit ça aussi : comment on est condamnés à l’éphémère, en quelque sorte.»

Et lui, se laisse-t-il tenter par la peinture? «Mon père m’a un peu inhibé et moi, je suis allé vers l’écriture. Mais j’en fais toujours. Je fais du pastel, de l’aquarelle, et je me suis remis à l’huile, récemment. Je peins et je dessine tout le temps, mais je considère que je n’ai pas ce qu’il faut pour montrer ce que je fais. Alors je le garde pour moi.»

Fascination

Dans le livre, il fait référence aux peintres qui l’ont marqué, et qui ont aussi beaucoup marqué son père. Il est fasciné par les impressionnistes, par Suzor-Côté, Arthur Villeneuve, Marc-Aurèle Fortin, et par les peintres qui jouent avec la lumière.

«J’ai passé je ne sais pas comment d’heures devant les tableaux de Turner à Londres, au musée. C’est absolument extraordinaire et très difficile à faire.»


► Robert Lalonde est écrivain et acteur.

► Il est l’auteur d’une œuvre imposante composée de plus d’une trentaine de romans, carnets et récits.

► Son roman C’est le cœur qui meurt en dernier a été adapté au cinéma en 2017.

► Il participera au Salon du livre de Sherbrooke, au Salon du livre de Rimouski et au Salon du livre de Montréal.

EXTRAIT

<b><i>Fais ta guerre, fais ta joie</i></b><br>
Robert Lalonde<br>
Éditions Boréal<br>
144 pages
Photo courtoisie, Éditions Boréal
Fais ta guerre, fais ta joie
Robert Lalonde
Éditions Boréal
144 pages

«Vous vous souvenez très exactement de quelle manière il s’y prenait. D’abord, il empilait contre le mur du hangar quatre caisses d’oranges ou de navets, y juchait sa toile, qu’il appuyait sur son coffre à outils. Puis il amincissait ses pinceaux à l’aide du canif qui ne quittait jamais la poche arrière de son pantalon. Ensuite il humait – vous n’avez jamais compris pourquoi – le pot de térébenthine. Mystérieusement satisfait, il se mettait à siffler un air de son invention.»

– Robert Lalonde, Fais ta guerre, fais ta joie, Éditions Boréal