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Al-Baghdadi est mort. Et alors?

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Le dirigeant de l’État islamique, Abou Bakr al-Baghdadi, serait mort dans une opération menée par des forces miliaires spéciales américaines. Et alors ? Au-delà du sentiment bien légitime de vengeance contre un des pires monstres de l’histoire humaine, cette mort ne change rien aux conditions sur le terrain.   

  • Écoutez la chronique de Loïc Tassé à QUB Radio avec Jonathan Trudeau  

 

Tout au plus, sa mort pourrait avoir un effet démoralisateur sur les combattants de l’État islamique. Mais pour le reste, sa mort avait déjà été annoncée il y a quelques années. Faussement. Une organisation comme l’État islamique possède des plans pour remplacer son dirigeant principal sans que le reste de l’organisation soit trop affecté.   

Détourner l’attention  

Le principal intérêt de la nouvelle est de détourner l’attention de la population américaine des enjeux de politique intérieure aux États-Unis.   

Au moment où les attaques contre Donald Trump se multiplient, ce dernier a besoin de bonnes nouvelles. Mais cette mort ne sera pas suffisante pour renverser la tendance négative contre lui.    

Des médias américains soulignent déjà l’ironie de la mort d’Al-Baghdadi. C’est que d’après ce que l’on sait, elle est survenue grâce aux troupes américaines basées en Syrie. Ces troupes dont Trump a ordonné le retrait.    

Trump n’est pas maître du calendrier politique international. Mais il peut l’influencer puissamment.   

De nouveaux accords  

Il est probable que le président américain voudra accumuler les bons coups en prévision des élections présidentielles de 2020.   

Il devrait annoncer dans les prochains mois au moins trois bonnes nouvelles.   

Premièrement, les négociations pour le traité de libre-échange avec le Japon sont presque terminées. À tel point que le premier ministre du Japon, Shinzo Abe, a prévu une session de la Diète japonaise plus longue qu’à l’habitude, précisément pour examiner ce traité.    

Le traité sera-t-il une bonne chose pour l’économie américaine ? Cela reste à voir. Les puissants groupes financiers qui contrôlent l’économie du Japon, les keiretsus, peuvent facilement contourner les mesures de libre-échange décidées par les élus.   

Deuxièmement, le gouvernement nord-coréen s’impatiente. Hier, il a rappelé que la trêve amicale conclue avec les États-Unis se terminerait à la fin décembre. Il veut des résultats. Kim Jong-un pourrait signer avec les États-Unis un traité qui sauve la face de Trump.   

Mais étant donné les nouveaux rapports de forces régionaux, c’est-à-dire étant donné l’affaiblissement considérable de la position américaine et le renforcement de la position chinoise, un tel traité risque de désavantager les États-Unis.  

Troisièmement, les négociations avec la Chine devraient finir par aboutir. Les négociateurs américains ont annoncé il y a peu de temps des résultats encourageants. Trump pourrait se contenter de mesures destinées à réduire notablement le déficit de la balance commerciale entre les États-Unis et la Chine.   

Une telle annonce serait certes un pas dans la bonne direction, mais elle ne résoudrait pas le problème fondamental de la gigantesque perte de puissance économique des États-Unis au bénéfice de la Chine.   

Bref, à mesure que la date de l’élection présidentielle approche, une constante se dégage : Trump accélère les annonces destinées à remplir ses promesses électorales, comme l’a montré sa décision de retirer les troupes américaines de Syrie. Pour lui, l’intérêt électoral est plus fort que l’intérêt du pays.