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«Les abysses»: la beauté dans les profondeurs

«Les abysses»: la beauté dans les profondeurs
MARIO BEAUREGARD/AGENCE QMI

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Le livre «Les abysses», de Biz, réussit à rassembler lumière et tragédie à travers un équilibre dont seul l’auteur a le secret.  

Rencontré au restaurant «Les Entretiens», Sébastien Fréchette, de son nom d’artiste Biz, se fait sans équivoque sur les raisons qui l’ont amené à écrire ce livre.  

«Comme à toutes les grandes questions, il peut y avoir une réponse très simple, explique d’entrée de jeu l’auteur. Essentiellement, je voulais raconter une histoire d’amour père-fille. La base du livre, son moteur, ce que j’aimerais que l’on garde en tête au moment où on le ferme, c’est ça.»  

Le livre «Les abysses» raconte l’histoire d’une relation fusionnelle entre Catherine, une jeune femme qui étudie au cégep, et son père Michel Métivier, surnommé le «boucher de Baie-Comeau», enfermé pour encore une dizaine d’années dans une cellule de la prison à sécurité maximale de Port-Cartier. Ceux-ci traversent un drame qui les relie, les épuise, et dont les explications véritables ne seront connues qu’à la toute fin du roman.  

Sur les murs de sa cellule, Michel Métivier dessine à l’encre phosphorescente des créatures des mers, issues du fond des eaux, témoignage d’un amour des animaux qui se poursuit autrement après qu’il ait passé la plus grande partie de sa vie à empailler ses trophées de chasse.  

«Il transfère sa passion sur des créatures pélagiques, adapté au milieu dans lequel il se sent, poursuit Biz, également connu comme un des membres fondateurs du groupe rap Loco Locass. Des créatures hideuses qui peuvent subir de grandes pressions, un peu comme les prisonniers eux-mêmes. Il dessine son environnement d’une certaine manière.»  

Langue et lumière  

Si l’intrigue s'ancre dans l’univers des profondeurs et des pressions qu’elles provoquent, pour Catherine comme pour son père, il serait faux d’y voir pour autant un roman noir et lourd. D’abord, la plume de Biz demeure toujours raffinée et colorée, la précision servant habilement le propos, très accessible. L'humilité se joint alors ici à un souci de la langue passionné et amoureux.  

Ensuite, malgré les lourdes difficultés que traversent ces deux personnages tout au long du roman, la lumière réussit néanmoins à émerger. La phosphorescence des créatures marines, comme l’amour que porte Michel Métivier pour sa fille, finissent par éclairer d’une lumière chaude et franche l’intrigue fort habilement élaborée par Biz, comme autant de bouées qui résistent à l’aspiration des profondeurs.  

On sort ainsi du roman comme on pourrait sortir d'un rêve poignant, secoué par des bouffés de bouleversements. L’auteur a su rassembler lumière et abysses à travers un drame humain débordant d’amour. C’est peut-être au fond ce qui émeut le plus. Au cœur de ces mers froides et noires, c’est la lumière qui, au bout du compte, surgit le plus intensément. Oui, il s’agit d’un grand roman d’amour. La réponse est simple, certes, mais juste.  

Le livre «Les abysses» est disponible en librairie depuis le 3 octobre