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Laos: mise en service d’un mégabarrage controversé sur le Mékong

Laos: mise en service d’un mégabarrage controversé sur le Mékong
AFP

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Le mégabarrage de Xayaburi sur le Mékong au Laos est entré en service mardi et les ONG redoutent son impact écologique, sans compter que le niveau du fleuve, vital pour 60 millions d’habitants, est déjà historiquement très bas par endroits.

Situé à deux heures de route [en direction du sud] de Louang Prabang, dans le nord du Laos, ce barrage, construit par une entreprise thaïlandaise et qui a coûté plus de 4,5 milliards de dollars, est le dernier en date d’une multitude de retenues d’eau qui entravent le cours naturel du Mékong, long de plus de 4800 km.

Xayaburi fait toutefois l’objet d’une controverse particulière depuis le début des travaux en 2012, les défenseurs de l’environnement craignant un impact important sur la biodiversité, l’écosystème et les niveaux d’eau du Mékong.

Le barrage, long de 820 mètres, «est prêt à produire de l’électricité» à partir de ce mardi, a déclaré dans un communiqué Thanawat Trivisvavet, le directeur de la CK Power qui a mis en œuvre le projet. D’une capacité totale de 1285 mégawatts, la majeure partie de l’énergie hydroélectrique produite sera vendue en Thaïlande. 

CK Power a entamé une grande campagne dans les médias, mettant en avant un édifice érigé «dans le respect de la grandeur du fleuve».

Mais à la frontière entre le Laos et le nord-est de la Thaïlande, les populations sont inquiètes des éventuelles répercussions sur leurs moyens d’existence.

«C’est le dernier jour où nous pouvons vivre comme avant dans le bas Mékong», a déploré lundi sur Facebook un collectif de villageois, appelant le gouvernement thaïlandais à s’attaquer aux problèmes environnementaux de toute urgence.

Sur des images prises lundi dans la province thaïlandaise de Nong Khai, frontalière du Laos, on peut voir que le fleuve flirte dans cette région avec «des niveaux historiquement très bas», relève à l’AFP Pianporn Deetes, de l’ONG International Rivers.

«La sécheresse à elle seule n’explique pas la brutale chute du niveau de l’eau. Nous constatons ce phénomène depuis juillet, ce qui coïncide avec les tests effectués sur le barrage de Xayaburi» qui se trouve à quelque 300 kilomètres en amont, souligne-t-elle. 

Sollicitée, CK Power n’était pas disponible dans l’immédiat.

Enclavé au cœur de la péninsule indochinoise, le Laos ambitionne de devenir «la batterie de l’Asie du Sud-Est».

44 barrages, notamment financés par la Chine et la Thaïlande, sont déjà opérationnels dans ce pays pauvre qui tire désormais de l’exportation de l’énergie hydroélectrique une importante source de revenus. Quarante-six retenues sont encore en construction. 

Les dangers d’une telle frénésie ont été mis à nu l’année dernière lorsqu’un barrage s’est effondré dans le sud du Laos, faisant des dizaines de morts.