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Défendre l’indéfendable

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C’est le lourd fardeau que devront porter les républicains du Congrès s’ils souhaitent sauver leur président de la destitution. Lui sacrifieront-ils leur avenir politique et leur conscience ?

Les faits sont déjà clairs. Donald Trump a abusé de son pouvoir en cherchant à transiger l’aide militaire à l’Ukraine contre une promesse de ses dirigeants de nuire à Joe Biden. Il a ensuite cherché à dissimuler ces actions et à entraver le travail du Congrès.

Trump ne nie aucunement ces faits. Au contraire, il se vante d’avoir demandé à un pays étranger d’intervenir pour nuire à son principal rival politique. Il se moque allègrement du fait que ce geste soit illégal ou qu’il puisse compromettre la sécurité nationale. Il se vante aussi, évidemment, de traiter le Congrès comme un appendice négligeable de l’État fédéral, comme si l’État lui appartenait.

Bref, à moins que les faits déjà connus soient contredits, l’impeachment aura lieu, le président devra subir un procès au Sénat et sa position sera indéfendable.

Tout est parfait

Le président insiste n’avoir rien à se reprocher. Tout ce qu’il fait est, presque par définition, parfait, légal et légitime.

Donald Trump n’admet aucune faute. Il accepte encore moins que ceux dont il tient la loyauté pour acquise admettent quelque faute que ce soit de sa part.

Trump se félicite que de plus en plus de républicains défendent ses actions plutôt que d’attaquer les procédures. Bien sûr, c’est faux.

Peu de défenseurs

Les républicains mettent beaucoup de zèle à attaquer le processus mené par les démocrates. Cela leur permet de faire bonne impression sur Fox News tout en évitant de se prononcer sur le fond en défendant l’indéfendable.

Les républicains avaient beau jeu de contester la procédure pendant l’enquête préliminaire à huis clos, mais les audiences publiques les forceront à se prononcer plutôt sur les faits.

Il leur sera aussi difficile de soutenir l’avilissement systématique de tous les témoins qui osent dire les vérités qui déplaisent au président.

Déjà, plusieurs républicains se sont dissociés du traitement abject réservé au colonel Alexander Vindman par certains commentateurs inféodés au clan Trump.

Loyauté absolue

Certains républicains vont probablement ménager la chèvre et le chou en votant contre la destitution du président tout en condamnant ses actions. Cette position sera toutefois précaire.

Pour Trump, ces critiques seront presque aussi inacceptables qu’un vote de destitution. Il serait étonnant qu’il soit beaucoup plus magnanime envers ceux qui voteront pour son maintien en poste en condamnant ses actions qu’envers ceux qui joindront les démocrates.

Les législateurs républicains auront donc un choix à faire. Ils pourront reconnaître les faits qui sont devant eux et voter en conséquence, au risque de provoquer à court terme l’ire du président et de ceux qui lui vouent un culte.

Sinon, ils pourront défendre l’indéfendable et faire un pied de nez aux pères fondateurs dont un des principaux soucis en écrivant la Constitution était de prévenir et de sanctionner l’abus du pouvoir par un président dépourvu de sens moral.