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Radio-Canada, une machine à saucisses?

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En mars 2016, Ottawa a accordé à Radio-Canada un supplément de 675 millions $ sur cinq ans. Une somme qui permettait à la télé d’État de respirer plus à l’aise après les coupes du gouvernement Harper.

À l’époque, le PDG Hubert Lacroix avait déclaré que cet argent « neuf » serait « investi dans des secteurs clés qui comptent pour les Canadiens ». Si vous suivez la télévision comme je le fais, quelle différence avez-vous remarqué depuis que le gouvernement Trudeau s’est montré plus généreux envers Radio-Canada ?

Y a-t-il des séries dramatiques plus spectaculaires ? Des émissions d’affaires publiques plus substantielles ? Des documentaires et des reportages plus fouillés ? Des variétés plus singulières ? Y a-t-il plus de concerts ou de récitals ? Avez-vous regardé un nouveau quizz de haut vol ? Voit-on plus de contenus pour ados et enfants ? Peut-être ne s’agit-il pas là « de secteurs clés qui comptent »...

À moins que je sois myope, je n’ai rien vu jusqu’ici qui me permette de remercier Ottawa à deux genoux d’avoir été plus généreux. C’est vrai qu’il y a plus de séries de fiction que jamais. Depuis 2016, j’en ai compté au moins une vingtaine qui s’allument et s’éteignent après quelques semaines, puis reviennent et se remplacent les unes les autres. À l’exception de quelques-unes, Plan B ou District 31, par exemple, ces séries se ressemblent toutes et n’ont rien d’exceptionnel. De la bonne saucisse, un point, c’est tout. Rien à déguster pour un fin gourmet.

LE NUMÉRIQUE N’EST PAS EXPLOITÉ

Radio-Canada expérimente plusieurs séries de fiction sur tou.tv, sa plateforme « cheap ». Elles permettent à des auteurs moins expérimentés et des comédiens frais émoulus des écoles de faire leurs classes. On « casse » les séries plus prometteuses sur tou.tv Extra avant de les diffuser plus tard sur la chaîne principale pour ceux qui n’ont pas les moyens de s’offrir une chaîne spécialisée. Somme toute, le numérique fait en sorte que les diverses plateformes de Radio-Canada se phagocytent les unes les autres, plutôt que de fournir de véritables choix aux téléspectateurs.

Ayant plus d’argent en poche, le réseau anglais, lui, s’est lancé dans le luxe. Avec succès d’ailleurs. C’est à une audacieuse vice-présidente, Heather Conway (qui a quitté depuis), qu’on doit Anne with an E et Alias Grace. Même s’il a fallu pour les produire faire un pacte avec le diable (Netflix), la CBC a au moins le mérite d’avoir mis en ondes deux séries d’exception. Elles font le tour du monde.

PLUS D’ARGENT, POUR QUOI FAIRE ?

Répétera-t-on l’expérience ? Il faut en douter. Les deux séries ont coûté la peau des fesses et la CBC a dû céder les droits mondiaux à Netflix. Comme toutes celles que touchent Netflix Disney, Hulu et les autres géants, ces deux séries ont contribué à l’inflation galopante qui gangrène l’industrie. Une star comme Reese Whitherspoon coûte aujourd’hui 1,25 million $ US par épisode d’une heure. C’est de la folie. The Crown avec 13 millions $ US par épisode n’est plus l’exception. Pareil budget est en train de devenir la règle.

En mai, à la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, Catherine Tait, la nouvelle PDG de CBC/Radio-Canada, annonçait vouloir encore plus d’argent. Je ne suis pas contre une augmentation des crédits accordés à la télévision d’État, mais encore faudrait-il qu’on finisse par voir une différence à l’écran.

Pour l’instant, je la cherche.