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Sous-qualification : le problème en voie de s’aggraver au pays

Sous-qualification : le problème en voie de s’aggraver au pays
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Alexis Boulianne - 37e AVENUE

 

Près d’un travailleur canadien sur dix ne possède pas les compétences adéquates pour son emploi, et plusieurs n’arriveront pas à s’adapter aux changements technologiques, révèle une étude publiée le mois dernier. Et la situation ne risque pas de s’améliorer si rien ne bouge.

« Plusieurs personnes ne détiennent pas les compétences de base en lecture, en mathématiques et en résolution de problème pour être capables de s’adapter à l’évolution technologique », souligne Parisa Mahboubi, l’auteure de l’étude en question, publiée par l’institut C.D. Howe, une organisation dédiée à la recherche économique.

Selon Parisa Mahboubi, au-delà des compétences spécifiques à un poste, les aptitudes qui permettent aux salariés de s’adapter, par exemple à de nouvelles tâches ou encore à une nouvelle organisation du travail, font particulièrement défaut. Une situation d’autant plus préoccupante dans le contexte actuel de bouleversements technologiques.

L’étude, qui analyse des données récoltées en 2012, mentionne que 13 % des travailleurs canadiens sont soit sous-qualifiés (6,5 %), soit surqualifiés (6,5 %). On y apprend en outre que la sous-qualification touche surtout les femmes, les personnes récemment immigrées au Canada et les travailleurs plus âgés.

La balle est dans le camp des employeurs

Le fait que la sous-qualification touche davantage certains groupes moins privilégiés, comme les femmes et les nouveaux arrivants, est attribuable à une mauvaise attitude de la part des employeurs, avance Diane-Gabrielle Tremblay, économiste du travail et professeure à l’école des sciences de l’administration à la TÉLUQ. « Les salariés qui bénéficient de formation continue offerte en entreprise sont à majorité des hommes, souvent des professionnels et des cadres, explique-t-elle. L’entreprise est donc responsable de cette sous-qualification des femmes et des immigrants. »

Alors que des secteurs comme la restauration, les services ou les soins, dont les postes sont « majoritairement occupés par des femmes », s’apprêtent à vivre de grands changements technologiques, il serait temps de penser à former le personnel pour qu’il puisse y faire face, poursuit la professeure à la TÉLUQ.

« Il faut permettre aux gens de s’adapter aux nouvelles exigences du marché du travail, et c’est la responsabilité des entreprises de leur permettre de suivre des formations tout au long de leur vie », tranche Diane-Gabrielle Tremblay.

Par ailleurs, la possible convergence de cet enjeu de sous-qualification et du problème de pénurie de main-d’œuvre inquiète nos analystes. Les deux spécialistes croient que les gouvernements devraient davantage encourager la formation continue en entreprise pour que certains salariés ne soient pas laissés pour compte au terme des révolutions technologiques annoncées, qui chambouleront assurément le marché du travail au cours des prochaines années.

« Il faut du temps pour apprendre et s’améliorer, mais beaucoup de choses peuvent être acquises dans le cadre du travail », rappelle Parisa Mahboubi.