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C’est la faute à Cuba

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Le gouvernement étatsunien entend punir sévèrement Cuba pour tout ce qui se passe en Amérique latine et qui échappe à son contrôle. Cuba est un bouc émissaire depuis soixante ans et les États-Unis serrent de plus en plus la vis pour rendre la situation insupportable sur l’île. On pense ainsi susciter un mécontentement populaire qui lancerait les gens dans la rue pour réclamer leur soi-disant libération des « méchants communistes » au pouvoir. Une recette qui a porté ses fruits ailleurs mais qui ne risque pas de se produire à Cuba. 

Plus précisément, on vise à stopper les livraisons de brut en provenance du Venezuela, l’autre bête noire de l’administration Trump et principal fournisseur de pétrole à Cuba. Le prétexte ? Cuba encourage le président Maduro à demeurer en poste alors que les États-Unis ont misé sur un canard boiteux, Juan Guaido, pour le renverser, une farce tragique qui risque de durer jusqu’à la fin de l’année. Parmi ces encouragements : la présence de milliers de médecins qui soignent la population jusque dans les régions les plus éloignées du pays et qu’on accuse d’être des militaires déguisés en personnel médical. Pourtant, en Haïti, des centaines de médecins cubains soignent gratuitement la population alors que ce pays, le plus pauvre de la région, n’a pas de pétrole à offrir en échange. Comme on peut s’en douter, cette aide désintéressée n’est surtout pas un encouragement au gouvernement en place. 

Mais Washington, aveuglé par sa rage et sa bêtise, ignore le sens du mot solidarité. Cela peut se comprendre, car on se demande à quand remonte son dernier geste de solidarité et dans quel pays. En Colombie ? En Équateur ? Au Chili ? En Bolivie ? À Porto Rico ? Non, on a beau fouiller, on ne trouve rien sur la feuille de route du multimilliardaire grossier. Son nouveau dada : détruire l’économie cubaine et faire souffrir la population, l’empêcher de réaliser son plan économique, même dans des conditions de blocus terrible tel qu’on le connaît et le vit depuis soixante ans. Alors que le pays semblait s’en sortir, voilà qu’on l’enfonce un peu plus. Triste spectacle, je peux en témoigner, mais qui ne viendra pas à bout de la résistance des Cubains. 

Trump a mis en pièces tout l’échafaudage politique et commercial qu’avait commencé à installer timidement l’administration Obama. Après avoir interdit récemment les voyages de croisière sur l’île, voilà qu’il a ordonné à toutes les compagnies aériennes étatsuniennes de suspendre leurs vols vers Cuba. Désormais elles ne pourront atterrir qu’à l’aéroport de La Havane. Fini les vols vers les autres villes cubaines, comme Santa Clara, Holguin ou Santiago de Cuba où de nombreux Cubano-Américains se rendaient pour visiter leurs familles. Qui souffre le plus de cette nouvelle mesure coercitive, le gouvernement ou la population ? 

Parallèlement à ces mesures abjectes, le gouvernement étatsunien poursuit en secret une guerre sale, en attaquant Cuba sur les réseaux Internet, pénétrant sans autorisation et illégalement son espace cybernétique, multipliant à travers ses multiples réseaux les fausses nouvelles de façon à créer des états de panique et du mécontentement. 

Heureusement, Cuba n’est plus seule. Et après tout, c’est peut-être de sa faute si de plus en plus de pays et de populations réclament leur dignité et leur indépendance, comme actuellement au Chili, en Équateur, en Colombie, au Honduras, en Haïti. L’exemple cubain ne serait pas si néfaste pour l’Amérique latine. Sur ce point, les États-Unis n’ont pas tout à fait tort. C’est la faute à Cuba.