/opinion/columnists
Navigation

Justin le Québécois

Coup d'oeil sur cet article

Justin Trudeau planche fort sur son prochain gouvernement minoritaire. Ses nombreux défis sont d’une complexité telle que les Canadiens pourront enfin voir ce que le premier ministre a ou non dans le ventre.

Ce mardi, j’expliquais l’immensité de sa première tâche : comment amadouer l’Alberta, sortie grande gagnante de l’élection ?

En même temps, des élus libéraux du Québec s’inquiètent de la perte de cinq sièges dans la « Belle Province » et de la remontée du Bloc québécois à 32 sièges. Non pas que le Bloc en retire le moindre rapport de forces puisque la vraie balance du pouvoir appartient au NPD. Leur inquiétude est plutôt de voir un fossé se creuser dorénavant entre le gouvernement Trudeau et une majorité francophone nouvellement entichée du nationalisme porté par le premier ministre François Legault.

Plus de Québécois, svp

En réaction, ils souhaitent voir l’entourage presque exclusivement torontois de Justin Trudeau se diversifier enfin. Il faudra bien au premier ministre, se disent-ils, de bons conseillers du Québec. Sans compter des ministres québécois « forts » pour son cabinet.

Or, le vrai problème est ailleurs. Dans les gouvernements libéraux, hormis pour le bureau même du premier ministre, les « voix » québécoises n’ont jamais manqué. En 1980, sous Pierre Elliott Trudeau, le père de Justin, le PLC avait même raflé 74 des 75 sièges au Québec. Le tout, à quelques mois d’un référendum sur la souveraineté.

Ce qui cloche réside dans la vision centralisatrice de Justin Trudeau. Ça risque de clocher beaucoup plus dans ce mandat-ci parce que depuis l’an dernier, le Québec s’est donné un premier ministre nationaliste. Lequel, malgré qu’il n’obtienne rien de concret du fédéral, s’entête à lui faire des demandes qui nourrissent le même sentiment dans son propre électorat.

Miroir

Cela dit, le fédéralisme de Justin Trudeau est loin d’être aussi retors que celui de son père, obsédé par sa longue lutte entêtée contre les « séparatistes ». La souveraineté étant disparue du radar, son fils n’a rien de menaçant devant lui. Sa vision reste toutefois fortement inspirée de celle de son père.

Dans son autobiographie parue en 2014 – Terrain d’entente –, il ne s’en cache pas une miette. Dans un long passage révélateur, il raconte l’évolution de sa pensée des années 1980 jusqu’au référendum de 1995. Avec le fiel et le mépris de son père en moins, on y retrouve le miroir parfait de la pensée de son père. On y lit la même opposition à toute décentralisation du Canada par le biais du moindre élargissement de pouvoirs pour le Québec ou d’autres provinces.

Un autre passage sur la défunte charte péquiste des valeurs préfigure aussi son rejet de la loi caquiste sur la laïcité. Jamais, écrit-il, il ne pourrait accepter que l’on exclue une personne du secteur public pour son refus de renoncer à son signe religieux. Une position qui, cette fois-ci, est également partagée bien au-delà des cercles trudeauistes.

En relisant ce livre, on prend la pleine mesure du fossé qui sépare Justin Trudeau et François Legault, mais qui, aussi, pourrait s’élargir entre le PLC et un Québec certes post-souverainiste, mais encore et toujours nationaliste.