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«Le principe d’Archimède»: la peur a tous les droits

«Le principe d’Archimède»: la peur a tous les droits
PHOTO COURTOISIE

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La peur engendre des tensions qui en retour stimulent la peur. Et une fois cette roue en mouvement, la vindicte populaire n’est jamais bien loin.

Même si ce phénomène est vieux comme le monde, il est abordé avec intelligence dans «Le principe d’Archimède» au Théâtre Prospero, une pièce montée aux quatre coins de la planète qui est présentée pour la première fois au Québec.

C’est avant tout grâce au texte bien construit du Catalan Josep Maria Miró que le spectateur arrive à apprécier les différentes perspectives de cette histoire qui se déroule dans une piscine municipale.

Un moniteur de natation a-t-il embrassé un garçon sur la bouche comme la rumeur circule? Le présumé incident se propage sur Facebook et les parents ont vite fait de vouloir sa tête, même si les faits sont loin d’être établis.

L’habile découpage du récit avec de constants allers-retours dans le temps permet de voir certaines scènes d’un autre œil, d’entretenir les doutes et de maintenir le trouble installé dès le début, dans cette mise en scène efficace de Christian Fortin.

«Le principe d’Archimède»: la peur a tous les droits
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Éthique

Cette approche approfondit les questions éthiques soulevées. Le principe de précaution l’emporte-t-il sur la présomption d’innocence ou le droit à la vie privée? Un geste ou un commentaire considéré comme déplacé est-il nécessairement le signe d’un comportement plus grave? Un homme a-t-il encore le droit de faire preuve de tendresse envers un enfant qui n’est pas le sien?

Au centre de toutes ces interrogations se trouve Anne, la responsable de la piscine jouée par Geneviève Alarie. Elle est coincée entre des parents accusateurs et un employé qui clame son innocence. Si elle lui fait confiance et qu’elle se trompe, elle aura des regrets pour le reste de ses jours. Si elle écoute les parents qui veulent avoir sa tête, elle commettra une injustice s’il est blanc comme neige.

Elle confronte Pierre, le moniteur visée par les accusations. Interprété par Lucien A. Bergeron, il est à la fois désinvolte et tendu. Loin d’être parfait, le suspect se sait en danger. Ses zones d’ombre donnent l’air nécessaire pour que cette histoire puisse respirer.

Dans un spectre complètement opposé, le père inquiet et hostile d’un enfant qui suit des cours à la piscine est plus caricatural. Pas d’ambiguïté dans les intentions et l’attitude de celui dont Sébastien Rajotte a pris les traits.

Dans la peau d’un autre moniteur, ami de l’accusé, Daniel d’Amours est un interlocuteur plus effacé. Il met en quelque sorte en relief notre propre dilemme de spectateur appelé à juger la situation, sans savoir sur quel pied danser.

Même si certaines scènes auraient gagné en finesse et que la trame de fonds reste limitée, cette pièce a le mérite d’aborder avec doigté des thématiques importantes, surtout en cette ère de réseaux sociaux où un lynchage public arrive si vite.

La pièce «Le principe d’Archimède» est présentée au Théâtre Prospero jusqu’au 16 novembre.