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Les zombies sortiront-ils de terre? La science s’interroge

ART-MARCHES DES ZOMBIES
Photo Toma Iczkovits

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Washington | Des hordes de morts-vivants terrorisant le voisinage: voilà qui fait de très bons films d’horreur, mais les zombies, bien entendu, n’existent pas dans le monde réel... vraiment ?  

Il existe en réalité de plus en plus de documentation sur des parasites capables de changer le comportement de l’animal qu’ils ont élu pour hôte -- et de plus en plus d’études montrant que les humains ne sont pas non plus totalement immunes à ce genre de manipulations zombiesques.  

Le sujet fascine la biologiste Athena Aktipis, de l’université de l’Arizona, qui est aussi l’auteure d’un podcast appelé «Zombified» (zombifié).   

«Plus de la moitié des espèces que nous connaissons sur Terre sont des parasites», explique-t-elle à l’AFP.  

Un exemple est le champignon Ophiocordyceps. Il libère des spores qui, lorsqu’ils infectent le corps d’une certaine espèce de fourmi, lui permettent de prendre le contrôle de son activité motrice.  

Il force ainsi l’insecte à s’éloigner de ses congénères et à s’accrocher à une plante, avant de mourir, figé par une infection. Un nouveau champignon pousse alors de la tête de sa victime, et libère à son tour des spores qui affecteront d’autres fourmis, répétant ainsi ce cycle de deux à trois semaines.   

«Nous sommes totalement convaincus que les comportements de la fourmi sont tout à l’avantage du champignon», explique Charissa de Bekker, professeure assistante de biologie à l’université de Floride centrale, et qui mène des recherches sur ces deux espèces afin de mieux comprendre ce processus d’appropriation.  

«Assez répugnant»  

Autre exemple: les guêpes à galles, cibles d’une autre guêpe parasite, l’Euderus set.   

Kelly Weinersmith, professeure de biologie à l’université de Rice, a fait partie de l’équipe ayant découvert ce phénomène bien particulier. Au départ tout se déroule normalement: la première guêpe pond dans une cavité formée dans le bois d’un chêne, appelée une «crypte». La larve y grandit, et finit par mâcher les parois afin d’en sortir au terme de sa croissance.   

Mais lorsque la seconde guêpe trouve l’une de ces larves, elle place son propre oeuf dans la crypte, et le parasite entre alors en action. Il manipule la première larve devenue jeune guêpe afin que le trou qu’elle creuse soit en réalité trop petit pour qu’elle puisse en sortir, de sorte qu’elle s’y retrouve coincée, avec seulement la tête qui dépasse.   

«Une fois qu’elle est piégée là, le parasitoïde mange (la première guêpe) de l’intérieur», explique Kelly Weinersmith. «Et lorsque le parasitoïde a fini de se développer, il mange la tête de son hôte et sort à travers sa tête.» Le processus «est assez répugnant», convient la chercheuse.   

Et les humains?  

Et si vous pensez que rien de tout cela ne peut arriver aux humains, vous pourriez être amenés à revoir votre jugement.  

Le parasite unicellulaire Toxoplasma gondii pourrait avoir affecté 40 millions d’Américains, selon les Centres de contrôle et de prévention des maladies (CDC), et certaines études ont montré qu’il pouvait influencer le comportement humain.  

Ce parasite se développe à l’origine dans l’intestin du chat. Et il «a évolué pour faire en sorte qu’un rat (infecté) soit attiré par l’urine de chat». Ainsi, le rat se rapproche du chat, qui peut donc le manger, et la boucle est bouclée.  

«Si ce n’est pas de la zombification, qu’est-ce que c’est?», demande Mme Aktipis.   

Les êtres humains peuvent se trouver infectés en mangeant de la viande pas assez cuite, ou via leur animal de compagnie, par exemple en nettoyant sa litière.  

Certaines études ont rapporté un lien entre l’infection du cerveau par ce parasite et certains traits de personnalité, comme l’agressivité, même si d’autres études ont contesté ces résultats.  

La rage, de la même manière, rend les animaux et les gens très agressifs.  

Mais le saut dans l’évolution du parasite devrait être considérable pour qu’il puisse faire à des humains ce qu’il fait aux rats. On est encore donc loin des hordes de zombies en pleine rue.   

Mais pour Athena Aktipis, qui a organisé une rencontre de médecine sur le thème de l’«apocalypse zombie» l’année dernière --et en prépare une autre pour 2020--, rendre le sujet ludique est un moyen de réfléchir aux éventuelles menaces futures.  

Elle recommande d’ailleurs de garder chez soi un sac d’urgence avec des vivres, un kit de premiers secours et du whisky pour stériliser les plaies -- ou pour le boire, si les choses tournent vraiment mal.