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106 000$ pour un conflit dans un comité de parents

Imane Allam
Photo Courtoisie Imane Allam. Commissaire-parent

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La commission scolaire de Montréal (CSDM) a déboursé plus de 100 000$ en médiation pour tenter de régler une querelle qui perdure entre les représentants des parents, a appris Le Journal.  
 
«On fait face à un cas extrême et unique», dit Sylvain Caron, président sortant du comité de parents de la CSDM, pour expliquer cette facture «exorbitante».
 
Trois parents qui faisaient partie du conseil exécutif l’an dernier ont accepté de se confier au Journal anonymement parce qu’ils craignent d’envenimer le conflit.  
 
Selon eux, l’origine de la bisbille viendrait de l’insistance de la commissaire-parent Imane Allam dans certains dossiers. Cette dernière réfute d’emblée les allégations, suggérant plutôt qu’on tente de la «museler» dans son rôle.
 
Quérulence?
 
Le comité de parents de la CSDM est composé d’une dizaine de délégués qui siègent sur le conseil d’établissement de leur école, pour la plupart bénévolement. Parmi eux se trouvent quatre parents qui les représentent aussi au conseil des commissaires de la CSDM pendant deux ans, ce qui est le cas de Mme Allam.
 
Les membres de l’exécutif du comité de parents reprochent notamment à Mme Allam ses critiques virulentes de la gestion de la CSDM sur sa page Facebook au détriment des positions communes adoptées en groupe.
 
Elle a d’ailleurs reçu un blâme pour bris de confidentialité de la part de la commissaire à l’éthique mandatée par la CSDM en mai dernier.
 
Certains la qualifient même de personne «quérulente». 
 
Mais pour Mme Allam, le conflit est dû au manque de transparence et aux irrégularités qu’elle dénonce.
 
Facture salée
 
Au printemps, la CSDM a donc payé 91 301$ pour des séances de médiation au sein de l’exécutif du comité de parents et 15 038$ pour un processus de «facilitation» au conseil des commissaires, selon les factures obtenues par Le Journal par demande d’accès à l’information. 
 
Au total, la facture monte donc à 106 338$.
 
Sans cette aide, les «dysfonctionnements» n’auraient fait qu’empirer, croit Sylvain Caron. Il déplore qu’il n’y ait aucun mécanisme pour exclure un élu, comme c’est le cas à d’autres niveaux de gouvernement.
 
Ce genre de «climat malsain» vient décourager la participation des parents, ajoute M. Caron, qui mentionne les absences et même le départ de certains au sein de l’exécutif en raison du conflit.
 
De son côté, Mme Allam considère plutôt que la médiation n’a pas donné grand-chose.
 
Par exemple, le rapport final des médiateurs suggérait aux élus de préciser dans leurs commentaires Facebook quand ils s’expriment à titre personnel plutôt que de véhiculer la position du groupe. Mme Allam refuse de le faire, jugeant que la résolution découlant de cette recommandation n’est pas valide.
 
«Je suis une élue légitime, même si je dérange, parce qu’il faut que les choses changent», dit Mme Allam.
 
«Il y a beaucoup d’irrégularités à la CSDM», abonde Mélanie Taillefer, qui a été présidente du comité de parents de 2013 à 2017. Elle compare la gestion de ce comité à celle d’une «république de bananes», l’accusant par exemple d’octroyer des contrats de façon douteuse.
 
«Mme Allam dénonce des choses qui doivent être dénoncées», conclut Mme Taillefer.
 
Plus ou moins de chicanes?
 
Ce conflit qui perdure «inquiète» la présidente Catherine Harel Bourdon. Une lettre a même été envoyée au ministre de l’Éducation en septembre à ce sujet. 
 
Mme Harel Bourdon craint que ce type de querelles ne devienne plus fréquent après la réforme de la gouvernance scolaire que veut imposer le gouvernement Legault. Le projet de loi est censé donner plus de pouvoirs aux parents. Or, ces derniers sont actuellement élus au terme d’un processus expéditif, résume la présidente.
 
Mais pour le ministre, ce conflit vient plutôt montrer «la nécessité de moderniser et de dépolitiser la gouvernance scolaire», indique son attaché de presse Francis Bouchard.
 
«Il est étonnant que la CSDM soit incapable de gérer cette situation, qui relève pourtant de ses affaires internes», indique-t-il par courriel.