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Entrevue avec la mairesse Valérie Plante: «ça ne va pas assez vite»

Valérie Plante
Photo Chantal Poirier Rencontrée cette semaine dans son bureau à l’hôtel de ville, Valérie Plante s’est dite satisfaite de ses deux premières années comme mairesse de Montréal.

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Valérie Plante s’était autoproclamée « mairesse de la mobilité ». Mais après deux ans à la tête de Montréal, elle reconnaît que la réduction de la congestion et le développement du transport collectif ne vont pas aussi vite qu’elle l’aurait voulu.

Vous vouliez réduire la congestion. Après deux ans, est-ce qu’on se déplace mieux ?

Le nombre de chantiers a augmenté et le nombre de voitures n’a pas diminué. Ça veut dire qu’il y a plus de pression sur nos routes, donc plus d’embouteillages. Il y a des défis importants, mais la volonté de réduire la congestion est là. L’escouade mobilité juste cet été a fait 8000 interventions pour enlever des points possibles de congestion.

J’essaie de donner le goût aux gens de délaisser leur voiture solo et de créer des façons de déplacer tout ce monde. C’est ça qui ne va pas assez vite à mon goût, c’est comment on réussit à déplacer plus de monde de manière plus efficace.

Est-ce que la Ville est impuissante face à cette congestion ?

Je ne sais pas si j’utiliserais le mot « impuissante », mais disons qu’on est limité dans notre capacité à régler la congestion. De tous les chantiers à Montréal, il y a 25 % qui sont les nôtres. Les chantiers de toutes sortes, ils doivent se faire. Le pont Champlain, il n’était pas question de le refaire dans 10 ans, on n’avait pas le choix. La Ville fait des efforts colossaux pour la coordination des chantiers, mais il y a encore du travail à faire, c’est indéniable.

Vous avez mis votre pied à terre avec des promoteurs, et certains poursuivent maintenant la Ville. Vous ne craignez pas que ça revienne vous hanter ?

Pour le parc de l’Ouest [qui empêchera le développement sur un immense territoire], c’est vrai qu’il y a une poursuite. Mais plusieurs des développements envisagés, lors des inondations au printemps passé, ils avaient de l’eau jusqu’aux genoux. Ce serait irresponsable de laisser des gens se construire dans un marais. Je considère que ça en vaut la chandelle.

Pour le Children [où la mairesse a forcé le promoteur à construire des logements sociaux], j’avais une légitimité parce qu’il y a eu des consultations publiques qui réclamaient du logement social. Tout ce travail est important et fait qu’un politicien peut dire : « ça va faire le niaisage ».

Projet Montréal a souvent été qualifié de parti « radical ». Est-ce qu’il y a des gens dans votre parti qui trouvent que le train n’avance pas assez vite ?

Dans mon caucus, l’urgence d’agir sur les changements climatiques est très fort. Quand on fait une annonce en environnement, sur les médias sociaux, le mot qui revient le plus souvent après : « bravo », c’est : « plus vite s’il vous plaît ». Et mon caucus est très représentatif de la population.

Plusieurs s’attendaient à une prolifération des rues piétonnes, par exemple Sainte-Catherine. Ça n’a pas été le cas. Pourquoi ?

Pour Sainte-Catherine, on est parti d’un plan qui était le statu quo, comme d’habitude. On l’a mis aux poubelles et on va laisser la priorité aux piétons. On va pouvoir l’utiliser piétonne si on veut. La façon dont elle va être aménagée va le permettre. Mais aussi, on a parlé à l’ensemble des partenaires. Au-delà de ce que moi je pense qui est le plus meilleur au monde, il faut travailler avec l’ensemble des partenaires.

Vous aimez beaucoup consulter, mais en consultant tout le temps, on ne va pas toujours tendre vers le statu quo ?

Je pense que Projet Montréal ne propose pas le statu quo. Le statu quo, ça aurait été de laisser [le nouveau quartier] Molson se faire sans qu’on s’en mêle. De se dire : « Ah ben coudonc on va espérer que les promoteurs vont proposer quelque chose de beau. » Ce n’est pas ça qu’on fait, on bouscule.

Et clairement on bouscule. Si on regarde ce qui se passe en ce moment avec le règlement d’inclusion, on le voit. Le milieu des affaires, des promoteurs immobiliers, ça les bouscule.

Comment est votre relation avec le gouvernement Legault?

Je sais qu’il y avait un intérêt à ce qu’on soit en conflit perpétuel Québec et Montréal, mais c’est loin d’être le cas. [Le gouvernement] doit faire avec des positions qui sont très tournées vers les régions. Moi ça ne m’enlève rien, du moment qu’on donne à Montréal sa part du gâteau.

Il y a des dossiers sur lesquels Québec aurait pu intervenir, qui ne vous plaisaient pas, comme le méga-projet de centre commercial Royalmount, et ils ne l’ont pas fait.

Je ne m’attendais pas nécessairement à ce que le gouvernement du Québec dise à Ville Mont-Royal : “Tu ne peux pas faire ce que tu veux.” Ce serait comme dire à Montréal quoi faire. Je dois respecter l’autonomie de Ville Mont-Royal qui a accepté ce projet-là, qui pour moi est un mauvais projet. Ceci étant dit, si l’administration précédente était intervenue avant que la pépine débarque et qu’ils coulent le béton, on ne serait peut-être pas rendu là.

Ce qu’elle a dit sur...

 
La ligne rose, pour laquelle elle avait promis le début des travaux avant 2021

J’ai dû revoir mon échéancier. Une inscription au budget, ça ne veut pas dire que ça va se réaliser demain matin. Mais la ligne rose, c’est une victoire importante. Avec l’arrivée de la CAQ, ça semblait impossible, mais j’ai tenu mon bout et je ne vais pas lâcher le morceau.

Les trottinettes en libre-service

C’est moins pire que je pensais, mais je ne suis pas satisfaite de comment ça s’est passé. C’est la fin de la saison. On va être vraiment à l’étude [cet hiver]. Si on doit rendre la réglementation plus coercitive ou si on doit limiter le nombre d’opérateurs, on va regarder tout ça.

La fermeture peu concluante du transit sur Camillien-Houde
 
Je suis déçue parce que Camillien-Houde, ça n’a pas été présenté dans l’ordre, comme ça aurait dû se faire. C’est sorti un peu tout croche. On va proposer un chemin qui va donner la place à chacun : les cyclistes, les piétons et les automobilistes.