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Hausser les salaires, la solution pour recruter

Un fabricant de vêtements a augmenté la rémunération de 8 % de ses employés

Daniel Langlois
Photo Pierre-Paul Poulin Daniel Langlois, directeur de Ballin, à son usine de Saint-Césaire, près de Montréal.

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Chaque samedi, Le Journal traitera des enjeux touchant la pénurie de main-d’œuvre. Comment les entreprises s’ajustent à cette nouvelle réalité. Comment les travailleurs, jeunes, immigrés et plus âgés, s’y préparent. 


Ballin, un fabricant de pantalons haut de gamme pour hommes, n’a pas eu le choix. Il a haussé ses salaires pour rendre son entreprise « plus attractive », alors que la main-d’œuvre se fait trop rare.

La hausse, qui varie selon les catégories de postes, se situe à environ 8 % dès la première année de la nouvelle convention collective.

À l’entrée, les nouveaux employés sont payés 14 $ l’heure, au lieu du salaire minimum de 12,50 $. Après un an, le taux horaire est augmenté à 15 $.

« Il nous a fallu nous détacher du salaire minimum pour attirer davantage de candidats », explique Daniel Langlois, directeur de l’usine de Saint-Césaire, en Montérégie.

« Les postes les plus difficiles à pourvoir, ce sont ceux d’opératrices et de couturières », ajoute-t-il.

Une dizaine de postes sont actuellement vacants dans l’entreprise qui emploie 120 personnes, majoritairement des femmes. La PME enregistre une croissance soutenue de ses ventes depuis quelques années.

« Les carnets de commandes sont pleins. Cela devient difficile de répondre à la demande », affirme M. Langlois.

Faire plus encore

Les difficultés du recrutement ne sont pas nouvelles pour Ballin, qui en a multiplié les stratégies.

Elle forme aussi à l’interne ses nouveaux employés, faute de diplômés dans les domaines recherchés. La durée de la formation varie de deux à trois mois selon les employés, période durant laquelle ils reçoivent leur plein salaire.

Ballin a aussi investi quelques centaines de milliers de dollars dans la robotisation et l’automatisation de ses opérations.

Les effets de la pénurie restant entiers, il lui fallait faire plus encore. « Hausser les salaires, c’est une option qui devenait nécessaire », soutient M. Langlois.

Un défi pour les PME

Les tensions sur le marché de l’emploi ont obligé plusieurs entreprises comme Ballin à revoir leur politique de rémunération.

« C’est un gros défi pour les PME manufacturières, pour qui les coûts de main-d’œuvre doivent être bien contrôlés afin de maintenir les marges bénéficiaires », explique Marc Chartrand, associé et conseiller principal chez Perreault Conseil (PCI), une firme de consultants en ressources humaines.

Depuis deux ans, la pénurie de main-d’œuvre entraîne de toute évidence les salaires vers le haut, et ce, dans la plupart des industries, dit-il. Selon les prévisions salariales 2020 de PCI, les secteurs les plus généreux offriront des hausses de plus de 3 % (dont les services professionnels et techniques, l’énergie, les mines, etc.). Dans les services publics et parapublics, elles seront de 2,2 % en moyenne.

« Un phénomène nouveau, c’est la croissance plus rapide des salaires pour les travailleurs comptant de cinq à huit années d’expérience, constate Marc Chartrand. Sur un horizon de cinq à six ans, leur rémunération peut croître de 60 % à 75 %, voire plus. »

Une pratique qui peut créer de l’iniquité envers les travailleurs plus âgés.

« Elle peut être source de démobilisation. Les entreprises doivent donc faire en sorte de combler les écarts qui auront pu être créés », explique M. Chartrand.

« Dans le contexte actuel, la pression est nettement sur les employeurs », dit-il.

Les 5 emplois les plus difficiles à pourvoir

Développeur de logiciels est en tête de liste des postes que les employeurs du Québec ont le plus de difficulté à pourvoir actuellement. Les talents se font si rares que plusieurs emplois (57 %) restent vacants pendant plus de 60 jours, selon une analyse du site de recrutement Indeed. La situation est aussi problématique pour les programmeurs, avec 47 % des emplois demeurant affichés pendant au moins deux mois. Du côté de l’ingénierie, ce sont les ingénieurs électriciens (47 %) et les ingénieurs en structure (46 %) qui causent des maux de tête aux recruteurs. Un poste qui ressort du lot : opticien, qui est en fait le deuxième poste le plus difficile à combler dans la province (49 %). Une situation qui devrait perdurer puisque, selon les perspectives d’emploi, on s’attend à une pénurie d’opticiens au Canada en raison de la croissance de la demande et des départs à la retraite.

Indeed a aussi analysé le marché de l’emploi dans les autres provinces. Malgré des disparités, il reste que ce sont les postes en technologies et en ingénierie qui sont les plus difficiles à combler à l’échelle du pays.

Plus de 300 emplois à pourvoir à Montréal

Une cinquantaine d’employeurs du domaine de la logistique et du transport seront présents lors de la Journée Carrières CargoM, qui aura lieu le mardi 5 novembre au Grand Quai du Port de Montréal. Ils auront au-delà de 300 postes à offrir aux candidats qui visiteront les différents kiosques. 

« Les emplois disponibles sont variés. Les entreprises recherchent, entre autres, des camionneurs, des techniciens en logistique, des caristes et des manutentionnaires. Elles ont aussi besoin de personnel administratif, comme des responsables de la dotation », explique Mathieu Charbonneau, directeur général de CargoM, la grappe métropolitaine de logistique et de transport. 

En plus des activités de réseautage et de jumelage, les participants auront la possibilité de visiter la zone interactive, où ils trouveront des camions ainsi que des simulateurs de conduite de poids lourds, de train et d’opération de grues. 

Des centres de formation seront aussi présents à cet événement qui en est à sa quatrième édition. 

À la recherche de mentors et mentorées

Les Elles de la construction poursuivent leurs efforts pour favoriser la diversité et l’inclusion dans l’industrie de la construction. 

L’organisme est en plein recrutement d’entreprises et de candidates pour son programme de mentorat visant à faciliter l’embauche de femmes issues de l’immigration et des minorités culturelles. 

Ce programme, mis sur pied en 2018, bénéficie de l’appui financier du Secrétariat à la condition féminine. 

« Depuis le lancement de notre service d’accompagnement, 34 femmes ont bénéficié du mentorat, 100 % des femmes en recherche d’emploi ont été placées, et 8 entreprises — soit 1200 employés — ont bénéficié du coaching en ressources humaines », précise Mériane Bergeron, directrice générale des Elles de la construction. Les candidates et les entreprises intéressées à participer peuvent signifier leur intérêt au projets@ellesdelaconstruction.com.


► Si vous avez des témoignages à donner ou des solutions à proposer, veuillez écrire à yves.daoust@quebecormedia.com.