/sports/football/alouettes
Navigation

L’art de transmettre la confiance

C’est la première chose que Khari Jones a inculquée à ses joueurs

Le message de Khari Jones à ses joueurs a bien passé au cours de la saison.
Photo Ben Pelosse Le message de Khari Jones à ses joueurs a bien passé au cours de la saison.

Coup d'oeil sur cet article

Comme tout entraîneur qui fait ses débuts avec une équipe, Khari Jones avait un but lorsqu’il s’est retrouvé à la barre des Alouettes. Mais ça n’avait rien à voir avec le fait qu’il en était à une première expérience à titre d’entraîneur en chef.

À 48 ans, il considérait être fin prêt pour diriger une équipe de football. Comme il ne croyait pas qu’il lui faudrait tout chambouler pour faire des Alouettes une formation respectable. Car dans son esprit, son équipe avait le potentiel pour y arriver.

L’idée était de transmettre cette confiance aux joueurs.

« Je croyais vraiment qu’on avait les capacités pour bien faire, même si d’autres personnes ne le voyaient peut-être pas, a dit Jones quand je l’ai rencontré à son bureau du Stade olympique, mercredi dernier.

« Mes impressions du camp d’entraînement m’avaient convaincu. »

Reed a vu juste à la fin

Jones occupait alors le poste de coordonnateur à l’attaque. À ce moment-là, rien ne laissait présager que Mike Sherman serait remercié de ses services moins d’une semaine avant le début de la saison pour faire place à Jones.

Aujourd’hui, on peut dire que Kavis Reed, dont le travail était fortement contesté avant qu’il ne passe à la trappe à son tour un mois après le départ de Sherman, a pris la bonne décision en le remplaçant par Jones.

Sherman, qui avait fait son nom avec les Packers de Green Bay, n’avait plus la flamme. De plus, il n’en connaissait pas beaucoup sur le football canadien.

Ressources à exploiter

C’est tout le contraire pour Jones, qui a joué son football universitaire en Californie, où il a grandi.

La Ligue canadienne n’a plus de secret pour lui depuis longtemps. Il a été quart-arrière durant une dizaine d’années avec les Lions de la Colombie- Britannique, les Stampeders de Calgary, les Eskimos d’Edmonton, les Tiger-Cats de Hamilton et les Blue Bombers de Winnipeg. Et il y a 10 ans qu’il est dans le coaching.

« J’aimais le groupe de joueurs que nous avions sous la main au camp et particulièrement notre défense », mentionne-t-il.

« Je savais que la tâche serait colossale et qu’il y aurait des moments difficiles. Mais je me disais que si on obtenait de bonnes performances au poste de quart-arrière et que notre unité défensive faisait du bon travail, nous aurions de bonnes chances de connaître du succès.

« Il y avait des ressources que l’on pouvait exploiter. Je savais qu’il y avait quelque chose à faire avec cette équipe et je désirais y voir. Je voulais que les joueurs croient qu’ils pouvaient former une équipe de qualité.

« C’est la plus grosse chose à laquelle je me suis attaqué pour commencer. J’étais conscient que ce serait difficile. »

Message capté

Lors de sa première rencontre d’équipe, Jones a beaucoup insisté pour dire à ses joueurs que l’organisation n’était pas en mode reconstruction sur le terrain. Il leur a dit qu’ils gagneraient leur part de matchs et que l’objectif était de terminer au premier rang de la division Est.

La mission était peut-être trop grande pour une équipe qui montrait une série de quatre exclusions des éliminatoires et qui ne comptait plus de propriétaire.

Mais qui aurait prédit que les Alouettes remporteraient 10 victoires et seraient de la demi-finale de l’Est la semaine prochaine?

Pas grand-monde, à en juger par le nombre d’abonnements saisonniers que l’on dit être de 4000 seulement.

« Heureusement, les joueurs ont embarqué et les entraîneurs aussi », continue Jones.

« Ils ont adhéré au concept assez rapidement. »

Entraîneur dynamique

D’autre part, Jones se comporte différemment sur les lignes de côté des entraîneurs qui l’ont précédé chez les Alouettes.

Marc Trestman avait toujours le nez plongé dans ses schémas de jeu.

Sherman ne bougeait pas non plus.

Jones, quant à lui, est tout feu, tout flamme. Il a les émotions à fleur de peau, il marche, il parle, il crie, il est continuellement en mouvement.

Or, il n’en était pas ainsi quand il jouait. Parce qu’il ne voulait pas perdre sa concentration, il était généralement stoïque. Sauf durant les arrêts de jeu.

« Ma femme a écrit dans le Winnipeg Free Press un article où elle disait pouvoir déceler mes états d’âme dans ces moments-là », raconte-t-il avec le sourire.

« Quand je bougeais beaucoup durant les pauses, elle devinait que la situation se présentait bien et que nous allions gagner. »

Comme entraîneur, c’est autre chose.

« Quand je bouge, ma tête travaille », explique Jones.

« J’aime être actif. »

Jones ne sait pas ce que l’avenir lui réserve chez les Alouettes au-delà de la présente saison. Mais ne serait-ce que ce pour ce qu’il a apporté à l’équipe jusqu’ici, les futurs propriétaires

– s’ils finissent par arriver – lui seront redevables.

Il mérite de revenir l’an prochain.

Marcher d’Est en Ouest pour découvrir Montréal

Le message de Khari Jones à ses joueurs a bien passé au cours de la saison.
Photo Agence QMI, RICK ELVIN

Si vous suivez les Alouettes et que vous croyez voir Khari Jones déambuler sur les rues Sherbrooke ou Hochelaga ou encore sur l’avenue Mont-Royal, vous n’avez pas la berlue. C’est bien lui.

L’entraîneur en chef des Alouettes passe de longues heures au Stade olympique. Le matin, il arrive à son bureau à 6 heures pour n’en sortir que vers 19 heures ou 20 heures.

Pour se changer les idées, il découvre Montréal en marchant du stade jusqu’à son appartement au centre-ville. Une promenade d’une durée d’une heure et demie jusqu’à deux heures 15 minutes selon le trajet qu’il emprunte et les choses qu’il voit sur son chemin.

Le message de Khari Jones à ses joueurs a bien passé au cours de la saison.
Photo Fotolia

Parmi les plus branchées

Jones raffole de Montréal.

« C’est l’une des villes les plus branchées parmi celles où j’ai vécu », dit-il.

Jones a vu le jour à Hammond, ville de l’Indiana comptant 80 000 habitants, avant que sa famille ne déménage en Californie alors qu’il avait 6 ans.

Il a grandi dans la merveilleuse ville de San Francisco et fait ses études universitaires à l’Université California-Davis, près de Sacramento. C’est là qu’il a fait connaissance de celle qui allait devenir sa conjointe, Justine.

« San Francisco a toujours été ma ville de prédilection, mais comme elle, Montréal a un cachet bien à elle », reprend Jones.

« Plusieurs villes se ressemblent. On voit très peu de différence entre elles.

Mais quand on est à Montréal, on sait que l’on est à Montréal. On s’y sent en sécurité et les gens sont amicaux et chaleureux.

« Durant l’été, je m’arrête dans les festivals, autour de la Place des arts pour regarder les spectacles et écouter la musique. C’est fabuleux ! »

Jones part à rire quand on lui demande il se débrouille en français.

« J’espère être de retour l’an prochain pour approfondir mes connaissances », dit-il.

Il écrit des phrases en français sur des morceaux de papier qu’il met dans son agenda.

Double citoyenneté

Sa famille a la double citoyenneté américaine et canadienne. Ses filles Jaeylin, 17 ans, et Sienna, 14 ans, sont nées au Canada.

L’aînée, qui veut faire carrière dans la danse, aimerait étudier à l’Université Concordia l’an prochain, si son père revient avec les Alouettes.

La cadette, qui est au secondaire, joue au volleyball et à la balle-molle. En plus d’avoir le côté sportif de son père, elle est aussi actrice à ses heures.

Jones et son épouse possèdent les citoyennetés américaine et canadienne, tout comme leurs filles qui ont toujours vécu au Canada jusqu’ici. La famille est établie à Vancouver l’année durant.

« C’est dur de vivre éloigné des miens durant la saison de football », avoue-t-il.

« Mais j’ai eu la chance d’aller à la maison pendant les trois semaines de pause dont nous avons bénéficié plus tôt cette saison. »