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Le cirque anglais

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Il aura fallu une dizaine de mois pour que les élus du Royaume-Uni se décident enfin à appliquer la seule solution possible après les négociations du Brexit : déclencher les élections et demander l’avis de la population.

Le cirque du parlement britannique est enfin terminé. Mais un nouveau cirque risque de s’ouvrir: celui des élections. Un premier clown est même entré en piste : Donald Trump. Il n’a pas pu résister à la tentation d’appuyer Boris Johnson en faveur du Brexit.

1• L’appui de Trump aide-t-il vraiment Boris Johnson ?

Boris Johnson se serait très certainement passé de l’appui de Trump, étant donné la faible popularité de ce dernier parmi les Anglais. D’autant plus que Trump a critiqué le nouvel accord de Brexit négocié par Johnson. Selon Trump, cet accord barrerait la route à une entente commerciale de grande envergure avec les États-Unis. Depuis hier, les conservateurs tentent d’expliquer qu’au contraire, la nouvelle entente du Brexit est excellente et qu’elle ne nuira pas à un accord avec les États-Unis.

2• Pourquoi Trump appuie-t-il les conservateurs de Johnson ?

Plusieurs raisons expliquent le soutien de Trump. D’une part, Trump a gagné la présidence aux États-Unis en faisant fortement campagne contre la mondialisation et pour le nationalisme économique. Le calcul de Trump est simple : les États-Unis sont maintenant trop faibles économiquement pour négocier de manière avantageuse avec des groupes de pays. Washington préfère donc désormais négocier individuellement avec les autres pays. Pour Washington, il vaut mieux négocier avec la Grande-Bretagne seule plutôt qu’avec l’Union européenne. Là-dessus, Trump a raison.

D’autre part, l’Union européenne est une menace au mode de vie américain. Par exemple, les normes de santé, de travail ou d’environnement que les pays européens veulent imposer au reste du monde pourraient nuire à la compétitivité des États-Unis. Tout ce qui affaiblit l’Union européenne, dont le Brexit, est le bienvenu.

3• Qui serait élu si des élections se tenaient demain ?

Les élections sont prévues pour le 11 décembre. Si des élections avaient lieu demain, ce sont probablement les conservateurs de Boris Johnson qui l’emporteraient, avec une majorité. Les travaillistes forment le principal parti d’opposition. Mais leur chef, Jeremy Corbyn, est un orateur inepte et bien terne en comparaison du flamboyant Boris Johnson.

Le problème est que Nigel Farage, dont le parti a gagné en Grande-Bretagne les élections européennes, veut se lancer dans la course aux élections nationales. Or, il est évident que son parti, le Parti du Brexit, pourrait ôter des voix aux conservateurs. Mais Trump, qui décidément ne se mêle pas de ses affaires, a déjà trouvé la solution : il propose aux deux partis de former une alliance. Voilà un beau numéro d’équilibriste en vue. Et comme dans tout numéro d’équilibristes, le public retiendra son souffle parce qu’il existe un risque réel que les artistes se cassent la figure.

4• Que proposent les principaux partis ?

Les conservateurs proposent de sortir de l’Union européenne au plus tard en janvier 2020. Les travaillistes veulent renégocier l’accord du Brexit et tenir à l’été 2020 un nouveau référendum avec le nouvel accord. À ce référendum, les Britanniques auraient aussi la possibilité de voter pour demeurer dans l’Union européenne.

5• Les élections sont-elles garantes d’une sortie de crise ?

Les élections devraient résoudre le problème du Brexit en changeant une partie des élus. Il est possible, mais improbable qu’un gouvernement minoritaire soit élu. En ce cas, le cirque parlementaire recommencerait.