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Mario Tessier «transparent pour vrai»

Mario Tessier
Photo Jocelyn Michel, leconsulat.ca Mario Tessier

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À 48 ans, Mario Tessier n’a plus rien à cacher. Ses imperfections et sa vulnérabilité lui ont servi de moteur de création pour son deuxième spectacle solo, intitulé Transparent, dans lequel il explore­­­ sans filtre des sujets comme l’argent, la religion, la vieillesse et la chirurgie esthétique. «Écrire ce spectacle-là, ç’a été tout un travail d’humilité», confie-t-il. 

«Une fille qui parle de chirurgie esthétique, c’est accepté. Mais quand c’est un gars, c’est comme si ça n’existait pas. C’est tabou», confie l’humoriste au Journal, attablé­­­ dans un restaurant de Boucherville, non loin de chez lui, à quelques jours du lancement officiel de sa tournée.  

Dans ce nouveau spectacle, Mario Tessier­­­ se défend d’être «transparent pour vrai». 

  • Mario Tessier était à l'émission On n'est pas obligé d'être d'accord sur QUB radio pour en parler :

«Ce n’est pas juste un titre, affirme l’ex-Grandes Gueules, qui cumule plus de 25 ans de carrière. Je veux que les gens découvrent le gars qu’ils pensent connaître. C’est une espèce de quête de vérité. Je voulais dire les vraies affaires dans un monde où tout est embelli, tout est arrangé.»  

Au chapitre des confidences, Mario Tessier­­­ révèle d’abord être lui aussi tombé dans le piège des standards de beauté, un sujet rarement abordé du point de vue d’un homme.  

«Avec les réseaux sociaux, on est maintenant tellement exposé. Tout le monde se montre. Alors on a une pression. Toi, tu essaies de rester à flot, mais c’est un piège. Et je suis tombé dedans. Avec le temps, on réalise que c’est une pression qu’on se met tellement inutilement.»  

S’il raconte avoir dû carrément «lâcher prise» au fil des ans sur cette obsession de la jeunesse, Mario Tessier affirme que la pression sociale entourant la beauté physique est aussi forte pour les hommes que les femmes, et qu’ils ont, eux aussi, de la difficulté à se voir vieillir à l’écran.  

«Aujourd’hui, on donne des jobs à celui qui a le plus d’abonnés sur Instagram. Les jobs pour l’homme blanc, milieu quarantaine... disons qu’on n’est pas la saveur du mois, là!»  

Une urgence de vivre  

À l’approche de la cinquantaine, Mario Tessier, qui se décrit comme une «bibitte insécure» pour qui la confiance en soi est «un combat éternel», est animé par une intense urgence de vivre qui lui vient du fait que son père est décédé subitement à 61 ans.  

Il philosophe notamment, dans Transparent, sur cette volonté de profiter de chaque instant avec ses trois enfants et sa blonde des vingt dernières années, à qui il rend un vibrant hommage sur scène. 

Mario Tessier
Photo Jocelyn Michel, leconsulat.ca

«Je me vois approcher cet âge-là, dit-il. Quand je vais arriver à 60 ans, je vais me dire : est-ce que c’est l’année prochaine? Pour tous ceux qui ont perdu des parents, l’âge de leur décès est comme un jalon dans leur vie. L’objectif, c’est qu’il faut dépasser ça.»  

Voir grandir sa progéniture lui fait prendre conscience du temps qui passe. «Là, j’en ai une qui entre au cégep. Si elle est rendue là, c’est que toi, tu t’en vas l’autre bord. C’est ça qui me fait capoter. J’aime la vie, beaucoup. Ce qui me fait peur, c’est de ne pas avoir assez de temps pour faire tout ce que j’aimerais faire.»  

L’authenticité à la mode  

Mario Tessier, qui ne ferme pas la porte à un jour remonter sur les planches avec José Gaudet, ne réinvente pas la roue en disant se mettre à nu sur scène.  

Récemment, plusieurs de ses collègues ont joué cette carte de l’authenticité pour promouvoir un nouveau spectacle, comme Maxim Martin (Fuck off), et P-A Méthot (Faire le beau). Il y a deux semaines, c’est Rachid Badouri qui révélait qu’on allait découvrir sa vraie personnalité dans son prochain one-man-show.  

L’authenticité est-elle devenue une tendance? «Je pense, oui», répond Mario Tessier sans hésitation.  

Selon lui, le public a besoin de se retrouver dans quelque chose de vrai, «parce qu’aujourd’hui, tout est aseptisé, explique-t-il. Quand on regarde les réseaux sociaux, tout le monde est tellement beau avec un filtre dans la face. Si on enlevait ça, et qu’on tentait de se montrer sous notre meilleur jour? Parce que la vérité, ce n’est pas ça. Et les gens le savent quand c’est vrai ce qu’ils voient.»  

La scène, «c’est la seule place où il te reste une tribune pour être vrai, plaide-t-il. Même si c’est un show d’humour, je voulais que ce qui reste, à la fin, c’est une réflexion. On rit, mais je veux qu’il reste un questionnement. C’est un peu ma job, à 48 ans, de faire ça.»  

♦ Mario Tessier est en spectacle à Québec le 6 novembre et à Montréal le 12 novembre. Pour consulter les dates de sa tournée québécoise : mariotessier.ca 

Accro à la scène 

Mario Tessier
Photo Jocelyn Michel, leconsulat.ca

En plus de 25 ans de carrière, Mario Tessier a piloté des émissions de télé, animé des galas et entretenu une importante carrière à la radio. Mais c’est à la scène qu’il revient toujours. «C’est un besoin viscéral», dit-il.  

Même lors de sa séparation professionnelle avec José Gaudet en 2015, avec qui il formait les Grandes Gueules, Mario Tessier n’a jamais envisagé d’abandonner les planches. «C’est ce que j’aime le plus faire au monde. Il y a des journées où je me fais chier, mais quand je sais que je joue durant la semaine, je m’accroche. Ma dose de bonheur, je vais la chercher sur scène.»  

Sa première tournée solo, Seul comme un grand, a attiré 100 000 spectateurs en plus de 200 représentations. «J’ai travaillé comme un fou pour amener autant de monde dans mes salles», soutient-il, évoquant une réalité bien différente de ses débuts, où il y avait une dizaine d’humoristes à peine en tournée.  

«Maintenant, il faut que tu travailles fort. Les petits contrats, tu les prends tous, parce que tu vas pouvoir “ploguer ton show”. Tu as le choix de lever le nez en disant que ça fait 25 ans que tu fais ça et que tu n’en as pas besoin. Mais tu n’auras personne dans tes salles», analyse-t-il humblement.  

Rester actuel  

Depuis un an et demi, Mario Tessier a enchaîné toutes les petites soirées d’humour possibles pour s’inspirer de la jeune génération d’humoristes. Celui qui nous a fait rire jadis sous les traits de Ti-Rouge et Raymond 57 ans revient au stand-up dans sa forme la plus pure.  

«Je voulais que le show ait leur espèce de nervosité, de rythme qui est très actuel. J’ai 48 ans, mais je ne veux pas avoir l’air du gars qui ne veut pas évoluer.»  

Pour l’aider, il s’est entouré de Serge Postigo à la mise en scène. «Travailler avec Serge, ça vient avec une charge de travail, c’est fou. Il y a des soirs, j’ai le goût de sucer mon pouce, de me mettre en boule et de me dire que j’aurais dû finir mes études ! Mais le résultat est là.»  

Mario Tessier sera également occupé tout l’été prochain à faire ses premiers pas au théâtre dans Kilimandjaro, pièce écrite par Mario Jean et présentée à Eastman.