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Maudite langue française

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Est-ce la langue française que l’on doit maudire ou plutôt les théories des didacticiens du français, qui veulent réformer une langue qui serait la bête noire des étudiants ?

Le raisonnement est toujours le même. Le français est une langue trop difficile à apprendre. Les enfants échouent et les enseignants perdent leur temps à les torturer pour leur rentrer dans la tête les règles de la grammaire. D’où la conclusion de la réformer.

Il s’agirait donc de changer les règles de l’accord du participe passé dont le complément d’objet direct s’accorde lorsqu’il est placé avant le verbe. Exemple : « Combien de fautes a-t-il faites ? » Avec la réforme, on écrirait « fait ».

Obsession

Des experts québécois s’agitent sur cette question. Mais pourquoi cette sorte d’obsession qui se retrouve constamment dans tous les secteurs de l’éducation : éviter la difficulté ? Apprendre devrait être facile, drôle et sans effort, prétend-on.

Les enseignants seraient fatigués d’enseigner à des élèves qui, disons-le brutalement, ne sont pas doués pour apprendre. Ce n’est pas d’hier cependant que devant l’énormité de la tâche, des universitaires accusent en quelque sorte la langue française elle-même.

C’est un lieu commun de dire que la langue anglaise est plus facile à apprendre. Mais ce que l’on ne dit pas, c’est que l’anglais écrit est très difficile. Les enseignants passent leur temps à corriger les fautes d’orthographe.

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Fardeau

Il y a environ trente ans, j’ai interviewé un professeur de l’Université de Montréal, fier comme un paon de sa théorie. Selon lui, la majorité des Québécois utilisait plus ou moins 600 mots pour s’expliquer. Ils ne lisaient jamais et préféraient regarder la télé, selon lui. À quoi bon, alors, tenter de leur enseigner autre chose que ce bagage léger qui leur permettrait de fonctionner ? C’était une perte de temps et l’acharnement que mettait le ministre de l’Éducation à maintenir les jeunes à l’école jusqu’à la fin du secondaire était, économiquement, un fardeau injustifiable, concluait-il.

Je ne laisserai personne m’enfermer dans un personnage de mère fouettarde. Je ne m’oppose pas à l’évolution de la langue et à son adaptation à l’environnement culturel. Mais il faut voir dans cette tentative d’alléger la langue écrite et parlée une opération de nivellement par le bas.

La démocratie en éducation n’est-elle pas d’apprendre à chaque personne à se dépasser elle-même ? On n’enseigne pas à écrire aux enfants pour qu’ils deviennent des Gabrielle Roy ou des Dany Laferrière. On ne leur apprend pas la langue des érudits, mais une langue sur laquelle ils s’appuieront pour exprimer au plus près leurs pensées et leurs émotions. Une langue qui leur donnera une fierté personnelle et collective.

Ces tentatives répétées de réforme sont des distractions, qui nous éloignent d’une question lancinante. Les Québécois pavoisent leur fierté d’être francophones, mais sont-ils vraiment avides d’apprendre ? L’éducation est-elle cette valeur dont nous nous gargarisons ? Et notre attitude cavalière face à la langue parlée et écrite n’annonce-t-elle pas un recul de celle-ci, avec ou sans l’accord du complément d’objet direct ? Eh non, la faute n’est pas aux « Anglais » !