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Berlin 1989, la chute de pression

Berlin 1989, la chute de pression
Photo AFP

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Si on ne devait choisir qu’un seul symbole de la guerre froide, de la course aux armements entre superpuissances et du concept délirant de « destruction mutuelle assurée », il faudrait choisir le Mur de Berlin. Être obligé de construire un mur pour empêcher les citoyens d’une même ville de vivre librement ensemble, c’est le signe d’un système malade. Il y a trente ans cette semaine, on mettait fin à cette folie.

Les Allemands inscrivent la disparition du mur et la réunification du pays dans le cadre de ce qu’ils appellent la « Révolution pacifique de 1989 ». C’est effectivement remarquable, en y repensant, qu’après quarante ans de Guerre froide et l’étouffante présence d’un État policier à l’Est qui n’hésitait pas à abattre ses citoyens qui tentaient de passer à l’Ouest, l’effondrement du régime communiste se soit fait sans effusion de sang.

Cette fameuse « chute du mur », fracassé à coups de piochets par des milliers de Berlinois à compter du 9 novembre 1989, a donné le signal à l’écroulement, l’une après l’autre, des dictatures imposées par Moscou en Europe de l’Est après la Seconde Guerre mondiale. Les Allemands, pour être juste, n’étaient pas les premiers à secouer leurs chaînes : les Polonais et les Hongrois, l’été d’avant, les avaient précédés.

LA DÉMOCRATIE, À QUOI BON ?

Il y a un mois, ici même à Washington, à l’ambassade allemande, tout ce que la ville compte de germanophiles s’est réuni pour replonger dans l’ambiance enivrante de la fin des années 80 avec l’inévitable file d’attente pour un selfie devant une portion intacte du mur et une bonne vieille Trabant est-allemande. Peu de regrets dans l’air, mais un fond de nostalgie ici et là.

Trente ans plus tard, ils sont peu nombreux en Europe de l’Est à déplorer les bouleversements qui ont suivi la chute du mur berlinois. Une vaste étude réalisée par le Pew Research Center révèle, en fait, qu’on demeure plus optimiste à l’égard de l’avenir à l’Est qu’à l’Ouest. Les Allemands, par exemple, persistent à voir positivement la réunification, mais restent conscients que l’Est continue de tirer de la patte économiquement.

Les choses sont beaucoup moins drôles en Russie où six Russes sur dix jugent comme un grand malheur la dissolution de l’Union soviétique. Là comme dans les autres ex-sociétés communistes, mais de façon plus marquée encore, la démocratie déçoit. On juge très majoritairement que les politiciens de carrière et les gens d’affaires ont bien davantage profité des changements des trois dernières décennies que les citoyens ordinaires.

DES FLIRTS DANGEREUX

Trente ans, c’est court et la culture démocratique est un vernis qui pèle plus facilement qu’on le croyait. À preuve, le choix de partis ouvertement « illibéraux » en Pologne et en Hongrie et les récents succès électoraux des extrémistes de droite d’Atlternative für Deutschland dans le Brandebourg et en Saxe, deux provinces de l’ancienne Allemagne de l’Est.

Ce n’est pas dans la région toutefois que la grande leçon de la chute du mur a été tirée. Inquiet des tensions commerciales persistantes entre Américains et Chinois, Lee Hsien Loon, le premier ministre de Singapour, avertissait en septembre dernier le Washington Post qu’il « est très improbable que vous puissiez traiter les Chinois de la même manière que vous avez traité l’URSS. »

« Les Chinois ont examiné l’exemple soviétique. Ils l’ont étudié minutieusement et sont absolument déterminés à ne pas aller dans cette direction. » Les Européens de l’Est, en majorité, se disent heureux de leur sort, malgré les dérapages. Les Chinois, eux, vont devoir trouver leur propre voie hors de la dictature.

La démocratie et le capitalisme, une bonne affaire ?