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Sous les roues de l’autobus

Nathalie Normandeau
Photo courtoisie Nathalie Normandeau

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Mercredi dernier, Le Journal a publié le récit détaillé, minute par minute, de l’interrogatoire de Nathalie Normandeau par des agents de l’UPAC – interrogatoire qui s’est déroulé peu de temps après son arrestation, le 17 mars 2016.

Vous l’avez lu ? L’ex-vice-première ministre ne cessait de pleurer. Elle était dévastée, démolie. Tellement que l’enquêteur qui venait tout juste de l’arrêter craignait qu’elle mette fin à ses jours.

LES MINISTRES À 100 000 $

On ne sait pas ce qui se passait dans la tête de madame Normandeau pendant son interrogatoire.

Mais on le devine. « Qu’est-ce que j’ai fait que les autres n’ont pas fait ? »

Selon les policiers, le cabinet de Mme Normandeau, alors qu’elle était aux Affaires municipales, aurait accordé des subventions à des projets impliquant plusieurs firmes de génie-conseil qui s’étaient montrées particulièrement généreuses envers le PLQ.

Mais Nathalie Normandeau n’était pas seule dans son cas. Sous Jean Charest, TOUS les ministres devaient recueillir 100 000 $ par année pour le parti. Certains poids lourds devaient même « rapporter » 150 000 $. Ça faisait partie de leur job. Or, c’est bien beau, organiser des soupers spaghettis et des épluchettes de blé d’Inde avec monsieur et madame Tout-le-monde, mais ce n’est pas comme ça que tu récoltes 100 000 $.

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Faut que tu monnaies ta présence auprès de gens pas mal plus pesants que ça. Des citoyens influents avec des poches beaucoup plus profondes.

Comme des propriétaires de firmes de génie-conseil, par exemple. Qui ont de nombreux employés.

Et qui ont tout intérêt à se montrer généreux envers ta formation politique.

Après tout, un service en attire un autre, non ?

SACRIFIÉE ?

En lisant le récit de l’interrogatoire de Mme Normandeau, je ne pouvais m’empêcher de penser que l’ex-vice-première ministre libérale a payé pour tous les autres. Il fallait une « prise ». Ce fut elle. Et je ne suis pas seul à penser ça.

Amir Khadir, qu’on ne peut accuser de complaisance envers le PLQ, pense exactement la même chose.

« Mme Normandeau a sans doute des responsabilités comme d’autres grands responsables du Parti libéral. Ce que je trouve odieux, c’est que le Parti libéral ait sacrifié une de ses meilleures soldates », m’a dit l’ex-co-porte-parole de Québec solidaire sur les ondes de QUB radio.

Le livre-choc PLQ inc., écrit par les journalistes de notre Bureau d’enquête, nous apprend que Mme Normandeau soutient avoir voulu rencontrer des agents de l’UPAC trois ans avant son arrestation, mais qu’ils ont refusé de la rencontrer, car elle voulait leur parler en présence de son avocat.

Pardon ? L’UPAC aurait refusé de rencontrer la vice-première ministre juste parce qu’elle voulait être accompagnée de son avocat ? Vraiment ? Ils auraient préféré ne pas la voir ? Ne pas entendre ce qu’elle avait à dire ? Ben coudonc. C’est ce qu’on appelle « jeter ses choux gras ».

Entre « Ne pas entendre Nathalie Normandeau » et « Entendre Nathalie Normandeau en présence de son avocat », je peux vous dire que je choisirais la deuxième option. Sans hésiter.

CALMER LA GROGNE

Pendant ce temps, Marc Bibeau et Jean Charest n’ont pas été embêtés. Se pourrait-il que Mme Normandeau ait été jetée sous les roues de l’autobus pour calmer la grogne populaire ?