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Je ne lirai pas PLQ inc.

S’il y a des coupables dans ce dossier, ce sont surtout les policiers et les enquêteurs, qui ont renié leurs principes.

Livre PLQ inc.
Photo Martin Chevalier

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En me réveillant mardi dernier, j’ai pris connaissance de l’important dossier que publiait Le Journal à propos du Parti libéral du Québec.   

La lecture des différents articles publiés mardi et tout au long de la semaine m’a suffi. Je n’ai pas envie d’en lire davantage. On pourra me le reprocher, mais je ne crois pas que lire, dans le fin détail, les allégations et suppositions que personne ne peut prouver à propos du PLQ contribue à me faire changer d’avis sur le sujet.        

Qui sont les coupables?  

J’imagine à peine le temps, la patience et l’acharnement qu’il aura fallu aux journalistes pour obtenir le matériel des sources, pour contre-vérifier les allégations et pour recouper les témoignages. Qu’on aime ou non les informations dévoilées, on doit indéniablement reconnaître le travail colossal du Bureau d’enquête.        

En discutant du dossier avec mon entourage, j’en arrive à la conclusion que l’équipe d’enquête du Journal, une fois saisie des informations, n’avait d’autre choix que de les publier. Si elle ne le faisait pas, d’autres journalistes s’en chargeraient. On peut critiquer le choix de la photo de couverture de même que le titre du livre, mais ça demeure cosmétique.        

Sur le fond, s’il y a des coupables dans ce dossier, ce sont surtout les policiers et les enquêteurs présents et passés, qui ont renié leurs principes et dévoilé des informations pour tenter de se faire justice là où les preuves qu’ils détiennent n’ont pas suffi.         

On devrait se scandaliser que les personnes chargées de faire respecter la loi et l’ordre se comportent d’une telle manière. Or, l’actuel patron de l’UPAC, Frédéric Gaudreau, est resté muet toute la semaine. Pourtant, la publication de PLQ inc. servira incontestablement d’argument pour tous les avocats qui auraient à défendre Jean Charest et ses acolytes, si des accusations étaient un jour déposées.        

En voulant se faire justice, les sources du Journal se sont tirées dans le pied, solidement.        

Pont d’or et salaire  

Quand j’entends parler du fameux salaire et du mystérieux pont d’or offerts à Jean Charest, ça me décourage au plus haut point.        

Ces deux sujets ne devraient pas constituer un enjeu pour qui que ce soit.         

Ceux qui s’en offusquent ne se choquent pourtant pas quand des entreprises paient des déménagements, des primes de signature et des bonis faramineux pour attirer des gestionnaires de haut niveau.         

Pourquoi est-ce que ça devrait être un scandale qu’un parti politique, à même ses propres fonds, donnés par les militants, choisisse de rémunérer son chef? On parle de contributions faites volontairement par des militants. C’est quoi le problème?        

Et le «système» de financement?  

Le système qui a été mis au jour lors de la Commission Charbonneau était scandaleux, c’est l’évidence. Mais ce système existe depuis que le monde est monde. Les autres partis politiques l’ont utilisé dans le passé, les libéraux sont pourtant les seuls à en porter la tache. Comme dans bien d’autres sphères de notre société, on juge avec un regard de 2019 des actions d’une autre époque.         

Le pouvoir a toujours été un monde où les influences sont marchandées. C’est le cas dans tous les milieux et prétendre le contraire revient à faire de l’aveuglement volontaire.         

On doit aspirer à mieux, on peut faire mieux, mais on serait naïf de croire que ça n’existe plus ou que certains en ont été épargnés. Souvenez-vous des élections gagnées à coup de réfrigérateurs. Les libéraux n’ont pas inventé la roue, mais on dirait qu’ils doivent en être les seuls coupables.        

Est-ce que des idées libérales ont leur place au Journal?  

En toute sincérité, j’ai passé la semaine à me demander comment réagir à tout ce dossier qui me pue au nez. Après tout, je suis une libérale convaincue, alors pourquoi continuer à écrire dans les pages d’une organisation qui a consacré autant de temps, de ressources et d’efforts à discréditer le parti auquel je m’identifie.        

Je vais vous dire pourquoi.         

Parce que les libéraux ne sont pas tous des croches.         

Est-ce qu’il y en a eu? Est-ce qu’il y en aura? Certainement. Mais je refuse que les militants et les élus qui portent et défendent les valeurs libérales soient tous mis dans le même panier.        

J’ai la chance d’avoir une tribune exceptionnelle avec un blogue dans les pages de l’organisation médiatique la plus populaire au Québec.         

À aucun moment on n’a tenté de dicter ou d’orienter mes textes. On ne m’a jamais censurée et on ne m’a jamais écartée à cause de mes idées. Au contraire, c’est à cause de celles-ci qu’on m’a recrutée.         

Bien que le Journal ne fasse pas toujours la vie facile aux libéraux, il n’a jamais essayé d’ignorer leur existence, leur importance ou de faire taire leur vision. La tribune qui m’est offerte est précieuse et je la traite avec tout le respect qu’elle mérite. Y renoncer serait, en quelque sorte, abdiquer.        

Le travail du Bureau d’enquête, même s’il me déplait, doit être salué. Il nous oblige à remettre en question l’efficacité et l’intégrité de nos systèmes policiers et judiciaires. Il nous oblige aussi à mettre en doute nos valeurs et nos convictions.        

Les libéraux sont de moins en moins nombreux à s’afficher en public. Il faut être fait fort pour maintenir ses convictions quand les vents contraires soufflent avec autant de puissance. Mais nous sommes nombreux à porter les valeurs libérales et à souhaiter que notre parti se reconstruise sur des bases encore plus solides.         

C’est donc avec lucidité et fierté que je continuerai à occuper l’espace qui m’est offert pour partager mon point de vue et celui de tant d’autres libéraux qui n’ont rien fait d’autre que de souhaiter un Québec meilleur pour tous ses citoyens.