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«On est-tu ben dans son coton ouaté»...

Je dépense donc je suis

«On est-tu ben dans son coton ouaté»...
Photo Simon Clark

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On n’en parle déjà plus. Du gratin milliardaire servi aux villes, aux villages et aux petits potentats du Québec profond.   

On n’en parle plus du tout de ce pacte milliardomunicipal, de cette nouvelle manne arrachée aux autres, des résidus de taxation saupoudrés comme du sucre en poudre sur les fourmilières de la dépense...  

Ce sera pourtant à terme 7,2 milliards de plus à engloutir dans un univers où la corruption a fait tant et tant de ravages qu’on se demande si ce n’est pas dans la nature même de ce pouvoir au ras des nids-de-poule, des ordures et des pissenlits...  

Tout sourire, assis sur des masses d’impôt en trop, le premier ministre Legault a servi un avertissement qui avait l’air d’une claque dans le dos aux ingénieux des routes secondaires: «Attention aux petits amis...»  

«On est-tu ben dans son coton ouaté»...
Photo Jean-François Desgagnés

On imagine la peur subite des consultants, des ingénieurs et des entrepreneurs, toute la jolie faune des travaux publics qui nous offrent depuis des années de si beaux exemples de probité...     

L'odeur de la corruption était telle à Montréal que seuls les policiers de la Grosse Poire ne sentaient rien; il aura fallu les médias, la SQ et la GRC pour qu'on en finisse avec la putréfaction de l'administration de la métropole...     

Alors, aujourd'hui, bien que l'UPAC n'ait pas encore fini de finir ses petites besognes, il recommence à pleuvoir des milliards sur la tête des suppliants professionnels et sur celles de leurs innombrables courtisans; ça promet!     

Entubés jusqu’à la pompe, les Québécois aplatis par le fisc comme des écureuils sur l'autoroute n’ont donc pas fini de s’étonner du spectacle des maires en mal de projets et de postérité. Ah! Le beau projet! En voici un autre! Ah!      

Pourquoi pas, à Québec, un poste de police sur roulettes? Une montgolfière pour remplacer les traversiers passant sous les ponts?     

On est tenté de regarder ailleurs, tellement la connerie brouille la vue...     

Alors, de pacte fiscal en pacte fiscal, de promesses rompues en promesses rompues, les privilèges perdurent comme autant de verrues au visage de la Belle Province, béate devant les petits barons de la taxation...      

Peut-être viendra-t-il un jour, le courage de mettre au régime ces potentats municipaux, royaumes des grosses payes et de l'obscène taxation des gagne-petit.      

Les César et les Agrippine de la chaîne de trottoir, soumis seulement à des maîtres en t-shirts CSN ou FTQ, en prendront pour leur rhume...     

Pour le moment, il est apparemment impossible de les ramener sur terre, ces mini pharaons de l'emprunt qui, de génération en génération, lèguent plus de dettes que de souvenirs...     

«On est-tu ben dans son coton ouaté»...
Photo Le Journal de Montréal, Martin Chevalier

Pourtant, il y a longtemps qu’une mise à niveau s’impose dans le monde municipal, cet univers parallèle, gourmand et dépensier, négligé par les médias, échappant systématiquement à toute véritable exigence de rigueur budgétaire.     

Le soi-disant «pacte fiscal» dévoilé ces jours-ci par le gouvernement Legault n’est qu’un crémage de plus servi aux princes et aux princesses de la Loi sur les cités et villes, le couronnement définitif du statu quo, le rembourrage du divan-lit municipal.     

Il aurait été avisé d’exiger d’abord une meilleure prise en charge de leurs responsabilités à l’égard des services de proximité.      

Ils ont tout le fric qu’il faut pour y arriver, des dizaines de milliards... Ce n'est pas demander la lune!     

Mais serait-ce que la bureaucratie municipale, aussi encroûtée que syndialisée, en garde trop pour elle-même? C'est évidemment ça! C'est documenté! Mais si on ne pose même pas la question, comment espérer la moindre réponse!     

Eau potable, sécurité, hygiène. Des aqueducs en bon état, des rues convenables et des ordures cueillies au bon moment. Des rues déneigées dans le respect des résidents... ceux qui finissent ensevelis jusqu'au printemps...     

L'hiver qui approche nous donnera à nouveau la mesure de la surprise qui frappera nos maires, inspirés comme des Nelligan quand tombe la neige et que les trottoirs finissent en un jardin de givre...

Et puis, ne serait-il pas temps de mettre de l’ordre dans les listes de paye; ça fait combien d'années qu'on déplore la rémunération abusive des fonctionnaires municipaux?      

Faut-il payer plus cher ceux qui finissent à midi le vendredi? Ceux qui n'ont pas de comptes à rendre? Ceux qu'on ne voit pas, les plus nombreux?     

Mais si le gouvernement ne dit mot, qui pourrait le faire?      

On finit par l’oublier, faute d’intervention politique, mais les masses salariales municipales sont anormalement élevées. C’est connu de tous les politiciens. Tous les syndicats s'y réfèrent pour exiger davantage pour eux-mêmes!     

,Mais personne ne dit mot, peut-être a-t-on peur de quelque chose... On espérait que la CAQ exige des comptes, mais le caquisme est une forme nouvelle de jovialisme. Du jovialisme budgétaire, la dépense fofolle, le périmètre comptable euphorique.     

«On est-tu ben dans son coton ouaté»...
Photo: M-C Noël

C'est l'effet secondaire des surplus, de l'impôt inutilement élevé, une sorte de trop-perçu systémique qui rendrait fou-fou n'importe quel gouvernement.      

Ça fera cinq ans ces jours-ci, oui, cinq ans: la commission permanente des programmes recommandait au gouvernement de réduire les transferts aux Villes. C’est le seul moyen, disait-on, de forcer une réflexion sérieuse sur les dépenses et la rémunération excessives des fonctionnaires les plus choyés depuis l'avènement du Canada français...     

Ça n’a évidemment pas été fait; le Québec étant incapable de quelque changement digne de ce nom.      

C'est le courage qui manque. Le courage de démasquer les poupées russes de la bureaucratie. Et quand l'argent coule à flots, qui veut se fendre d'une épreuve de force avec des plus petits que soi...     

Le pacte fiscal de la CAQ avec le monde municipal, c'est la parfaite illustration de l'immobilisme. On ne critique pas, on gratine!     

En caucus, on entendra bientôt les caquistes chanter «On est-tu bin dans son coton ouaté»...