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Un pot-de-vin de 10 M$ pour en cacher d’autres

Un ex-cadre se serait fait offrir de l’argent pour changer sa version

Sami Bebawi, un ancien vice-président de SNC-Lavalin accusé de corruption, qu’on voit ici au début de son procès au palais de justice de Montréal, vendredi dernier.
Photo Chantal Poirier Sami Bebawi, un ancien vice-président de SNC-Lavalin accusé de corruption, qu’on voit ici au début de son procès au palais de justice de Montréal, vendredi dernier.

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Un ancien vice-président de SNC-Lavalin visé par une enquête en Suisse aurait offert 10 millions $ à un ex-cadre de l’entreprise pour qu’il donne une version qui lui soit plus favorable.

« On m’a offert 10 millions $ en échange de reprendre la version de Sami Bebawi [au ministère public en Suisse]. Je l’ai refusé d’abord et j’ai tenu à en informer les autorités canadiennes [la Gendarmerie royale du Canada] », a expliqué mardi Riadh Ben Aïssa, témoin vedette de la Couronne au procès de Bebawi, l’ex-grand patron de Socodec, une filiale de SNC-Lavalin.

Bebawi, 73 ans, est accusé de huit chefs, dont fraude, possession de biens volés, recyclage des produits de la criminalité et corruption d’un agent public étranger.

Le témoin Ben Aïssa, un ex-cadre de SNC-Lavalin, a raconté avoir reçu cette offre de 10 millions $ par l’entremise de l’avocat de Bebawi, Me Constantin Kyres, peu après qu’il ait été arrêté en Suisse en avril 2012. C’est son avocat en Suisse, Me Marc Bonnant, qui la lui aurait transmise.

Ben Aïssa a plaidé coupable en Suisse à des accusations de corruption d’un agent public étranger et de blanchiment d’argent.

Ce dernier a raconté s’être rendu dans ce pays après avoir démissionné de SNC-Lavalin en février 2012 dans la foulée du Printemps arabe et des troubles politiques qui ont suivi en Libye.

Il a dit avoir reçu un appel de Bebawi à ce moment.

Paniqué

« Il m’a téléphoné tout en panique. Il menaçait de se suicider », a dit le témoin, au palais de justice de Montréal.

Ben Aïssa a expliqué que Bebawi lui aurait demandé de fermer deux compagnies coquilles en Suisse, Duvel et Dinova, dans lesquelles les deux hommes recevaient de l’argent.

Mais le témoin a été arrêté avant de pouvoir mettre le plan à exécution.

Selon Ben Aïssa, le grand patron de SNC-Lavalin à l’époque, Pierre Duhaime, lui mettait aussi beaucoup de pression pour qu’il y ait « un mur de Chine entre ce qui se passe à Genève et la compagnie ».

Dans son témoignage, Ben Aïssa a aussi donné plus de détails sur l’achat d’un yacht par SNC-Lavalin pour Saadi Kadhafi, le fils du dictateur libyen.

« Yacht show »

Il a expliqué avoir assisté à un « yacht show » à Cannes avec Saadi Kadhafi après que la firme d’ingénierie et de construction québécoise ait obtenu un lucratif contrat d’un milliard de dinars en Libye.

« J’ai reçu un appel du bureau de Kadhafi comme quoi [il voulait] un bateau », a-t-il relaté. Le bateau en question, de marque Palmer Johnson, coûtait 25 millions $ US.

Ben Aïssa dit avoir parlé de cette acquisition aux plus hauts dirigeants de l’entreprise.

Selon le témoin, Jacques Lamarre (ex-PDG de SNC) et Michael Novak (ex-patron de SNC-Lavalin International et mari de l’ex-ministre de la Justice libérale du Québec Kathleen Weil) auraient été mis au fait des paiements que SNC devait faire.

Gilles Laramée, le chef de la direction financière, aurait exigé en contrepartie que l’entreprise se fasse payer les sommes dues sur plusieurs contrats en Libye.

« Oui on va payer le bateau, mais on va aller chercher tous les montants dus », a expliqué Ben Aïssa.