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Bilan de mi-mandat de Valérie Plante: des bons et des mauvais coups

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 Les chiffres ne mentent pas : Montréal est déneigée plus lentement et est plus endettée depuis que Valérie Plante est mairesse. Par contre, il n’y a jamais eu autant d’investissements dans les infrastructures et plus de familles ont une subvention d’accès à la propriété.  

 

 Pour dresser un bilan de mi-mandat de la chef de Projet Montréal, notre Bureau d’enquête a voulu aller au-delà des beaux discours difficilement vérifiables. Nous avons donc demandé des données précises et inédites, que la Ville a pris deux mois et demi à nous fournir.  

 

 

 Réussites  

 

 

 Elle investit plus que jamais 

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 L’argent mis dans la voirie et l’aqueduc a atteint des niveaux record en 2018. Plus de 460 millions $ ont été investis sur les rues et 217 M$ dans les infrastructures de l’eau. Les dépenses de cette année ne sont pas encore connues, mais l’administration Plante avait prévu maintenir le rythme avec un plan totalisant 870 M$.  

 

 Si on prend l’ensemble des investissements, il ne s’est pas réalisé autant de projets depuis longtemps. Plus de 1,7 milliard $ ont ainsi été dépensés dans des projets d’immobilisation, ce qui est près du double de ce qui se faisait annuellement entre 2010 et 2014.  

 

 L’administration de Projet Montréal affiche un taux de réalisation de 83 % en 2018, le meilleur depuis 2009. Celui du maire Denis Coderre était de 68 % à sa première année au pouvoir.  

 

 « Le rythme avait beaucoup ralenti autour de la commission Charbonneau. C’était prévu qu’on l’accélérerait, quelle que soit l’administration municipale. Peut-être que maintenant le rythme est trop rapide. Ça ampute beaucoup la mobilité et le fonctionnement de la ville, incluant le fonctionnement économique. »  

 

 - Danielle Pilette, professeure associée à l’UQAM et spécialiste en gestion municipale  

 

 

 De belles pistes cyclables 

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 Projet Montréal est connu pour son amour de la mobilité active, particulièrement du vélo.  

 

 Depuis deux ans, 12 kilomètres de voies protégées (à l’écart des voitures) ont été ajoutés sur l’île. C’est presque autant que dans tout le mandat de la précédente administration (14,3 km).  

 

 « Il y a beaucoup de petites conversions de voies pour les voitures en voies cyclables. L’administration marque sa volonté d’être plus axée sur les transports actifs que ce qu’on a vu dans le passé. »  

 

 - Jean-Philippe Meloche, professeur à la Faculté de l’aménagement de l’Université de Montréal  

 

 

 Les commerçants moins taxés 

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 Dans son dernier budget, l’administration Valérie Plante Plante-Benoît Dorais a octroyé une réduction de la taxe générale de 15 % pour les premiers 500 000 $ de valeur des immeubles commerciaux. Plus de 22 000 propriétaires ont donc bénéficié d’une baisse de taxes.  

 

 Ceux dont l’immeuble vaut moins de 500 000 $ (environ 15 000 propriétaires) ont pu profiter cette année d’un taux de taxe autour de 2,77 $ par tranche de 100 $. C’est le taux le plus bas pour ces commerçants depuis 2008, quand il se chiffrait à 1,93 $ par 100 $.  

 

 « Cette solution n’est pas inutile, mais pas suffisamment efficace pour changer l’allure des choses. Il faut qu’on s’intéresse aux consommateurs aussi. Les consommateurs vont de moins en moins à Montréal et de plus en plus en ligne. »  

 

 - Rémy Trudel, professeur invité à l’École nationale d’administration publique et ancien ministre québécois des Affaires municipales  

 

 

 Meilleur Accès à la propriété 

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 Plus de familles reçoivent une subvention pour acheter une première maison, depuis la réforme du programme réalisée par Projet Montréal. L’an dernier, 934 nouveaux propriétaires en ont profité. Et depuis le début de l’année, 1725 familles ont reçu un chèque de jusqu’à 15 000 $ pour une propriété neuve et 7000 $ pour une maison existante. La Ville est même victime de son succès et le traitement des demandes a pris du retard.  

 

 Avant la réforme, l’année 2016 était celle où le programme avait le mieux fonctionné. Un peu plus de 1000 familles en avaient bénéficié. 

   

 

 Échecs  

 

 

  

 Programme d’aide peu populaire 

Photo courtoisie, JOCELYN MALETTE

 

 Une des promesses phares de l’administration Plante était de venir en aide aux commerçants affectés par des travaux.  

 

 Toutefois, seulement 22 commerçants ont bénéficié du programme d’aide mis en place il y a un peu moins d’un an. Seules 61 entreprises ont fait une demande d’aide dans les 37 zones de chantier visées. Un peu moins du tiers (17) des demandes ont été refusées. Au total, 723 381 $ ont été versés.  

 

 « Les conditions du programme sont très restrictives et il n’est pas si généreux que ça. Il faudrait plutôt repenser en profondeur le commerce à Montréal et arrêter d’autoriser la dispersion commerciale. »  

 

 - Danielle Pilette, professeure associée à l’UQAM et spécialiste en gestion municipale  

 

 « Le programme vient d’être mis en place et il n’a pas encore pris son rythme de croisière. Pour moi, c’est un très bon coup de l’administration. »  

 

 - Christian Savard, directeur général de Vivre en ville  

 

 

 La dette augmente 

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 Les nombreux travaux d’infrastructures coûtent cher. La part de la dette en fonction des revenus de la Ville a bondi de 10 % dans la première année au pouvoir de l’équipe Plante, pour atteindre 99 %.  

 

 C’est le plus fort pourcentage depuis 10 ans, et cela frôle la limite de 100 % imposée par la loi. On ne connaît pas encore le taux d’endettement pour 2019. Mais dans son budget, l’administration prévoyait qu’il pourrait grimper à 112 % et a demandé une dérogation au gouvernement du Québec.  

 

 « Les bonnes dettes, c’est quand tu investis dans des infrastructures. Les mauvaises dettes, c’est si tu empruntes pour payer des salaires. À mon avis, il n’y a pas eu développement d’une mauvaise dette. »  

 

 - Rémy Trudel, professeur invité à l’École nationale d’administration publique et ancien ministre québécois des Affaires municipales  

 

 

 Les logements sociaux se font attendre 

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 En campagne électorale, Valérie Plante s’était fixé un ambitieux objectif : la construction de 12 000 logements sociaux et abordables dans son mandat de quatre ans.  

 

 Depuis son entrée en poste, la construction de 1170 logements sociaux a été lancée. Ces statistiques sont dans la moyenne d’environ 700 unités par an depuis 2009.  

 

 En fait, 2018 a été la pire année depuis 10 ans, avec 316 unités. L’administration peut tout de même se consoler, car dans les huit premiers mois de 2019, ce chiffre a presque triplé (854).  

 

 « [L’objectif de 12 000 logements], c’est utopique. Ce serait réaliste s’il y avait un réinvestissement majeur en logement, pas seulement de la part de la Ville, mais surtout de la part des gouvernements provincial et fédéral. »  

 

 - Xavier Leloup, professeur à l’Institut national de la recherche scientifique et spécialiste du logement  

 

 

 Le pire hiver en 10 ans  

 

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 Le déneigement des rues de Montréal n’a jamais pris autant de temps que l’hiver dernier, par rapport aux 10 dernières années.  

 

 Il a fallu en moyenne 5,25 jours pour compléter chaque chargement de neige. Dans les neuf années précédentes, les chargements prenaient en moyenne 4,6 jours.  

 

 L’hiver dernier a été rude, mais en 2010-2011, avec des précipitations similaires, la Ville avait réussi à charger sa neige en 4,5 jours en moyenne.  

 

 « Il va falloir avoir une approche plus proactive avec les changements climatiques. Des trottoirs glacés la moitié de l’hiver, des personnes âgées qui restent isolées, des citoyens qui se mettent en danger de blessures, ce n’est pas la qualité de vie que cette administration avait promise. »  

 

 - Christian Savard, directeur général de l’organisation Vivre en ville