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La langue change

La langue change
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Je suis toujours un peu agacé par les débats sur la qualité de langue française parce que trop souvent on y voit ressurgir des puristes qui prônent le statu quo et qui font sentir minables les personnes qui n’ont pas le bien-parler à leur hauteur. Je deviens outré quand on les prétexte pour juger les Québécois incapables d’assurer en toute indépendance leur destin.

La langue française serait née au IXe siècle et tirerait son origine de la langue romane. Dès son origine, elle enfanta des dialectes différents et, comme dirait Fred Pellerin, des parlures régionales.

La Chanson de Rolland, ode épique parue au XIIe siècle, débute ainsi :

         « Carles li reis, nostre emperere magnès
Set anz tuz pleins ad estet en Espaigne :
Tresqu’en la mer cunquist la terre altaigne. »

Je suis assez convaincu que la majorité des francophones peinerait aujourd’hui à décoder ces premiers vers de l’ode et recourrait à une traduction du vieux français. 

Trois siècles plus tard, Guilaume Tirel, dit de Taillevent, publiait en 1486 un livre de recettes, titré Viandier, dans lequel figurait la recette du brouet de cailles : 

            « Et pour brouet de cailles, prenes chapons apparaillez ou grosse poulaille et mettes bouyillir en ung pot
et quant le grain sera cuyt et assaisonne avec ung peu de lart que mettes au cuire et du safran dedans
tires le grain et prenz moyeulx doeufs enttegettes coules par lestamine... »

Je ne suis pas certain que le brouet de cailles serait une réussite pour tous ou serait de même saveur si le cuisinier n’avait pas accès à la traduction.

Au XVIe siècle, François Rabelais était un peu plus compréhensible dans sa lettre de Gargantua à Pentagruel faisant ainsi le pont entre ses prédécesseurs et l’avènement du français moderne au XVIIe siècle. Devenue langue littéraire avec les Molière, Corneille, Racine et compagnie, elle n’en demeurait pas moins réservée à une certaine élite. 

Le siècle des Lumières a suivi avec une langue française qui servait bien les usages philosophiques et scientifiques. Le XIXe siècle est l’âge d’or de la langue française où elle était l’instrument de communication universelle comme l’est maintenant la langue anglaise, l’économie prenant le dessus sur l’humanisme et le social.

La langue française s’est transformée de siècle en siècle et il n’en sera pas autrement à l’ère du numérique. La rapidité des communications conditionne peu à peu la nécessité d’une langue moins compliquée et plus transparente, si nous ambitionnons de refaire du français une langue monde partagée par un grand nombre de locuteurs. 

La qualité de langue n’est pas un débat qui chamboule les anglophones ni nos cousins français qui ne cessent d’émailler leurs conversations de mots anglais. La préservation de règles d’exception et de grammaire compliquée est un combat d’arrière-garde qui garantit le découragement de locuteurs étrangers à partager notre langue et qui assure son déclin graduel.

Les propositions de réforme ne sont pas toutes de même ampleur ou de même qualité, elles répondent toutefois à des besoins impérieux de garder vivante notre langue. S’il avait fallu s’en tenir aux prétentions des traditionalistes au fil des siècles, nous parlerions encore aujourd’hui la langue d’oc et nous serions une quantité négligeable sur cette planète!