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Le système de paie Phénix pourrait être à l'origine du suicide d’une fonctionnaire

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Linda Deschâtelets s’est enlevé la vie le 9 décembre 2017 chez elle à Val-des-Monts en Outaouais. Elle souffrait notamment de problèmes médicaux, psychologiques et financiers, selon le rapport de la coroner Pascale Boulay.  

La femme de 52 ans a commis le geste fatal deux mois après avoir remarqué des anomalies au niveau de ses paies qui l'ont fait craindre notamment de ne pas être en mesure d’effectuer ses paiements d’hypothèque.  

Mme Deschâtelets aurait fait état à plusieurs reprises de ces anomalies par le biais de formulaires électroniques qui sont demeurés sans réponse pendant plus d’un mois et demi.  

Ce n’est que le 29 novembre qu’une conseillère en rémunération lui indique dans un courriel que ses nombreux montants retranchés sont expliqués par un taux d’absentéisme élevé, dû à des rendez-vous médicaux, et qu’elle a épuisé ses congés de maladie. Dans le même courriel, on l’informe également que d’autres montants seront retranchés dans l’éventualité où elle manquerait des journées supplémentaires.  

Elle s’est enlevé la vie dix jours plus tard.  

«L’absence de suivi rapide dans le traitement des demandes d’informations dénote un manque d’empathie désolant envers une employée qui vit une réelle insécurité financière», a affirmé la coroner.  

Bien que la femme vivait avec «quelques démons», comme la consommation de cocaïne, tout indique que ses préoccupations financières concernant la perte de sa maison étaient fondées.  

«Vu les circonstances, il est fort probable que Mme Deschatelêts s’est sentie piégée et, dans sa détresse, a trouvé comme seule issue pour protéger sa maison, de mettre fin à ses jours, car de sa perception, elle la perdrait de toute façon, ce n’était qu’une question de temps», écrit la coroner Boulay.  

Problèmes de santé et de finances  

La coroner déplore que l’État fédéral n’ait jamais averti Mme Deschatelêts que des sommes allaient lui être amputées.  

«Une entente de recouvrement avec son employeur aurait certainement permis de pouvoir alléger son stress tout en lui permettant de rembourser toutes ses dettes incluant celles dues à son employeur», a noté la coroner, qui souligne que d’autres options comme des congés payés ou des journées de maladie fournies d’avance auraient pu être envisagées.  

  • ÉCOUTEZ l'entrevue de Pierre Faubert, psychologue clinicien, à QUB Radio:

À l’emploi du gouvernement fédéral depuis 20 ans, la fonctionnaire avait développé des douleurs lombaires dans la dernière année, la forçant ainsi à avoir recourt à un horaire comprimé. En juillet 2017, à la suite de plusieurs absences, son employeur demande une évaluation médicale pour la prémunir de mesures adaptées dans le cadre de son poste.  

Au moment de sa mort en décembre 2017, aucune mesure adaptative n’avait été prise. De plus, la preuve recueillie par les policiers note que Mme Deschâtelets a un taux d’endettement élevé et que sa cote de crédit est très basse.  

Des antécédents non négligeables  

Selon les déclarations des policiers, la victime aurait éprouvé de sérieuses difficultés financières dans les derniers mois de sa vie.  

Bien que le rapport du coroner lie le décès de la femme de 52 ans aux derniers mois de sa vie et au stress occasionné par les problèmes administratifs, d’autres antécédents sont mentionnés, comme la consommation d’alcool et de cocaïne.  

Au moment de sa mort, un taux élevé d’alcool aurait été décelé dans le sang de la femme, de même que la présence de cocaïne.  

Par le passé, Mme Deschâtelets aurait eu des pensées suicidaires et aurait même tenté de se suicider.  

«Manque d’empathie désolant»  

Toujours selon le rapport du coroner, le décès de la fonctionnaire aurait pu être évité si des mesures avaient été prises rapidement pour mettre en lumière ses difficultés financières, psychologiques et médicales.  

La coroner note également un manque d’empathie de la part des responsables de la rémunération.  

«L’absence de suivi rapide dans le traitement des demandes d’informations dénote un manque d’empathie désolant envers une employée qui vit une réelle insécurité financière» peut-on lire.  

Bien que la dame vivait avec «quelques démons», comme la consommation de cocaïne, tout indique selon le coroner que ses préoccupations financières vis-à-vis la perte de sa maison sont fondées.  

«Vu les circonstances, il est fort probable que Mme Deschatelêts s’est sentie piégée et, dans sa détresse, a trouvé comme seule issue pour protéger sa maison, de mettre fin à ses jours, car de sa perception, elle la perdrait de toute façon, ce n’était qu’une question de temps» écrit la coroner.    

  • Si vous avez besoin d'aide, vous pouvez communiquer avec la Ligne québécoise de prévention du suicide au 1 866-APPELLE (277-3553) ou au www.aqps.info