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Plus de morts en Irak où internet a de nouveau été coupé

Plus de morts en Irak où internet a de nouveau été coupé
AFP

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De nouveaux morts, des affrontements aux abords de bâtiments officiels à Bagdad ou du principal port du pays et une longue coupure d’internet font redouter mardi que l’Irak, théâtre d’un mouvement réclamant «la chute du régime», plonge dans le chaos.

Depuis le début de ce mouvement spontané lancé il y a un peu plus d’un mois, plus de 270 personnes (en majorité des manifestants) ont perdu la vie dans les violences, selon un bilan compilé par l’AFP.

Ces dernières 36 heures, au moins dix manifestants ont été tués par les forces de l’ordre dans la capitale, à Bassora et à Nassiriya dans le sud, de sources médicales, mais sur la place Tahrir de Bagdad les manifestants assurent mardi «ne pas avoir peur» et dans plusieurs villes du sud, les administrations sont à l’arrêt en raison d’un mouvement de désobéissance civile.

La journée de lundi, entamée dans le sang à Kerbala, au sud de Bagdad, s’est terminée par une coupure d’internet entre minuit et 9 h du matin, réveillant les douloureux souvenirs du début du mois. 

Dans un pays alors coupé du monde (sans internet ni réseaux sociaux), des snipers que l’État assure ne toujours pas pouvoir identifier avaient tiré sur la foule durant cinq jours.

Du 1er au 6 octobre, selon le rapport officiel des autorités, 157 personnes (en grande majorité des manifestants) ont été tuées.

Après 18 jours de calme pour le plus grand pèlerinage chiite du monde, la contestation a repris le 24 octobre. 

Port bloqué

Elle a eu cette fois-ci des airs de gigantesque désobéissance civile pacifique, émaillée de violences meurtrières lors d’attaques de QG de partis et de milices.

Mais depuis lundi, les violences ont repris de plus belle.

Quatre manifestants ont été tués dans la nuit de dimanche à lundi dans la ville sainte chiite de Kerbala, à 100 km au sud de Bagdad, où des protestataires ont tenté d’incendier le consulat d’Iran, pays qui tire les ficelles du «régime», selon les manifestants. 

Des affrontements ont eu lieu aussi dans le centre de Bagdad entre manifestants et forces de l’ordre tirant à balles réelles, faisant deux morts, de source médicale. 

Les heurts, qui se sont poursuivis jusque tard dans la nuit de lundi à mardi, ont notamment eu lieu sur des ponts menant vers l’ambassade d’Iran, le siège du gouvernement et les ministères des Affaires étrangères et de la Justice. 

Dans la nuit, un manifestant a été tué par les forces de l’ordre à Nassiriya, selon des sources médicales.

Dans la province pétrolière de Bassora, les manifestants bloquent depuis plusieurs jours la route menant au port d’Oum Qasr — vital pour les importations. La plupart des navires l’ont quitté, sans avoir pu décharger, de source portuaire.

Tôt mardi, alors qu’internet était encore coupé, les forces de sécurité ont chargé pour disperser la foule, tuant deux manifestants, de source médicale.

Ailleurs dans le sud, à Nassiriya et Diwaniya, les piquets de grève paralysent la totalité des administrations publiques, selon des correspondants de l’AFP. 

Pour tenter d’enrayer le mouvement, les autorités ont proposé des réformes sociales et des élections anticipées. Une commission chargée de rédiger des amendements constitutionnels a même commencé ses travaux mardi. Mais les manifestants réclament le départ de tous les responsables et un nouveau système politique. 

«Ils ont déjà coupé internet et une fois de plus, ça ne servira à rien», assure mardi l’un d’eux, Ammar, 41 ans, à l’AFP sur la place Tahrir à Bagdad. 

«Pas peur»

Les autorités avaient déjà coupé internet entre le 3 et le 17 octobre. Le blocus sur les réseaux sociaux, imposé le 2 octobre, est toujours en place, bien que contourné grâce à des applications VPN.

«Les dirigeants ne nous font pas peur, ce sont eux qui sont effrayés par nous, parce que nous sommes pacifiques», lance une autre manifestante à l’AFP. «Les tyrans passent, mais les peuples restent», renchérit un vieil homme, le keffieh sur la tête.

Depuis quelques jours, la colère de la rue se concentre sur l’Iran, l’une des deux puissances agissantes en Irak avec les États-Unis.

Face à la crise, le général Qassem Soleimani, commandant des forces chargées des opérations extérieures de l’armée idéologique iranienne, a multiplié les visites en Irak. Et les commentaires du guide suprême iranien Ali Khamenei, qui dénonce un «complot» américain et israélien, ont exacerbé l’ire des Irakiens.

«Ce sont les Iraniens qui dirigent le pays, on préfère mourir plutôt que de rester sous leur joug», lance mardi une manifestante sur la place Tahrir, où une potence et un «tribunal du peuple» symbolique ont été installés lundi soir.