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Québec a créé un monopole du recyclage de réfrigérateurs

Les Québécois finiront par payer de leur poche avec ce nouveau règlement

L’entreprise PureSphera à Bécancour est la seule en Amérique à recycler la mousse isolante des réfrigérateurs. L’usine n’opère actuellement qu’à 15 % de ses capacités.
Capture d'écran, TVA Nouvelles L’entreprise PureSphera à Bécancour est la seule en Amérique à recycler la mousse isolante des réfrigérateurs. L’usine n’opère actuellement qu’à 15 % de ses capacités.

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Québec se défend d’avoir créé un monopole avec son règlement sur la récupération des électroménagers, bien qu’il n’existe qu’une compagnie capable de recycler pratiquement toutes les composantes d’un réfrigérateur.

L’entreprise PureSphera de Bécancour est effectivement la seule en Amérique du Nord à détenir les brevets d’une technologie capable de recycler la mousse isolante des réfrigérateurs contenant des halocarbures, un gaz à effet de serre (GES). 

Même si quelques entreprises recyclent d’autres parties de l’appareil, le traitement de la mousse est déterminant pour diminuer les émissions de GES. 

«Il y a cinq fois plus d’halocarbures dans la mousse isolante que dans le circuit de réfrigération», précise Mathieu Filion, directeur de l’exploitation chez PureSphera.  

L’entreprise du Centre-du-Québec était menacée de fermeture, faute d’avoir suffisamment d’appareils à recycler, mais son avenir devrait maintenant être assuré avec le règlement du ministre de l’Environnement, Benoit Charette. 

À compter du 5 décembre 2020, ce règlement obligera les producteurs à mettre sur pied un système de récupération et de recyclage des électroménagers domestiques. 

Pas de baisse de prix

Si le Conseil canadien du commerce de détail (CCCD) se dit favorable au recyclage d’électroménagers, il déplore que le règlement «force» tous les commerçants à faire affaire avec un seul fournisseur. 

«L’absence de concurrence va faire en sorte que les coûts de recyclage ne pourront pas baisser», explique Jean-François Belleau, directeur des relations gouvernementales pour le CCCD. «On est en situation de monopole», ajoute-t-il. 

Le ministre Charette refuse de parler de monopole, mais plutôt «d’un avantage» pour une compagnie qui a, «de loin», développé une «expertise très poussée». «Si les autres entreprises souhaitaient mettre de l’avant d’autres technologies, elles auraient le loisir de le faire», a-t-il affirmé à QUB radio. 

M. Filion précise qu’il existe différentes technologies en Europe pour traiter les mousses. «À chacun de développer le marché, et le projet va forcer tout le monde à adopter de hauts standards de recyclage, dit-il. Si d’autres veulent investir, ce sera un libre marché et ce sera bienvenu pour régulariser les prix à l’avenir.» 

Le ministre Charette prévoit une enveloppe de 90 M$ sur 10 ans pour aider les producteurs à mettre en place ce système. Cela évite que les consommateurs ne paient des écofrais de 70 $, a estimé le politicien. 

Or, certains détaillants ont déjà affirmé que le coût pour la collecte, le transport et la récupération des appareils s’estimait plutôt entre 100$ et 125 $. 

De plus, les 90 M$ sont une aide dégressive. «La première année [le financement] couvre 100 % et, tranquillement, le montant diminuerait et serait transféré vers les consommateurs», explique M. Belleau. 

 – Avec Antoine Robitaille

 Lourde allégation de Bonnardel  

 Le président de PureSphera, Jean Shoiry, a déjà fait l’objet d’allégations sérieuses de la part de l’actuel ministre des Transports, François Bonnardel.    

 En 2009, alors qu’il était député pour l’Action démocratique du Québec (avant la fusion avec la CAQ), M. Bonnardel l’accusait d’avoir détourné les fonds de l’État en utilisant le Fonds d'intervention économique régional (FIER) pour financer des compagnies dont il était actionnaire.     

 Il allait même jusqu’à demander une enquête. Le gouvernement a refusé de nous communiquer le résultat de ses vérifications sur le FIER.     

 Nous avons demandé au ministre de l’Environnement s’il a lui-même pris connaissance des vérifications, et si oui, qu’elles ont été les conclusions, mais son attaché a simplement refusé de répondre.     

 Croisé dans les couloirs de l’Assemblée, M. Bonnardel a déclaré n’avoir aucun souvenir de cette déclaration.