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Agropur écrème son organisation

L’ex-PDG a «mal géré et mal compris» l’organisation, selon des ex-dirigeants

L’ex-pdg d’Agropur Robert Coallier lors de l’inauguration en 2016 du nouveau siège social à Longueuil au coût de plus de 100 M$.
Photo d'archives, Chantal Poirier L’ex-pdg d’Agropur Robert Coallier lors de l’inauguration en 2016 du nouveau siège social à Longueuil au coût de plus de 100 M$.

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La gestion déficiente d’Agropur a plongé la coopérative dans une crise explosive qui l’a forcée à faire rouler des têtes pour éponger les pertes financières, a appris Le Journal. Et ce n’est pas fini.  

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«Agropur a perdu les contrats de Walmart dans l’Ouest canadien. Ils ont ensuite perdu des contrats avec Costco. Ça a été mal géré et mal compris», a avancé au Journal un ex-dirigeant du géant laitier québécois sous le couvert de l’anonymat.   

«Incompétence», «mauvaise volonté»... Les mots sont durs à l’endroit du PDG sortant d’Agropur, Robert Coallier, accusé d’avoir «mal géré» la coopérative sous son règne, selon des ex-dirigeants et membres d’Agropur.   

Fermetures d’usines, excédents en forte baisse, crise ouverte de leadership... le passage de Robert Coallier, un ancien de Molson et de Dollarama, leur a laissé un goût amer.   

Malgré l’achat de Scotsburn et Damafro, un chiffre d’affaires de 6,7 milliards $ l’an dernier, les excédents nets (profits) d’Agropur piquent du nez et sa dette à long terme dépassait le 1,4 milliard $ en 2018, ce qui sème l’inquiétude chez plusieurs. 

L’ex-pdg d’Agropur Robert Coallier lors de l’inauguration en 2016 du nouveau siège social à Longueuil au coût de plus de 100 M$.
Photo d'archives, Chantal Poirier

Grand ménage  

À la mi-octobre, quand le chef de la direction financière, Émile Cordeau, a pris la place de Robert Coallier en devenant chef de la direction, il n’a pas tardé à faire rouler les têtes des vice-présidents autour de lui pour faire le ménage.   

«On est tous mis dehors comme des voleurs. On ne s’attendait pas à ça d’Agropur avec les belles valeurs familiales, de respect et de partage de nos producteurs laitiers», a déploré l’un d’eux en colère en refusant d’être identifié par peur de représailles.   

Or, selon nos sources, Émile Cordeau s’apprêterait maintenant à supprimer des centaines d’emplois à son siège social et dans l’ensemble de l’organisation.   

Une première vague de suppressions d’emplois, prévue fin octobre, aurait été déplacée début novembre en raison de l’annonce de la fermeture de l’usine de Saint-Damase. Une deuxième vague de coupes serait déjà inscrite au calendrier en février.   

«Quand Agropur aura des annonces à faire, on le fera, mais je ne peux pas commenter les rumeurs», s’est limitée à dire la porte-parole d’Agropur, Véronique Boileau, en marchant sur des œufs, quand la question lui a été posée.   

UPA optimiste  

Si ces mises à pied se concrétisaient, elles s’ajouteraient à celles qui ont frappé les travailleurs des usines de la coopérative ces dernières semaines.   

Début octobre, les 180 employés de l’usine de crème glacée et de friandises glacées de Lachute ont appris qu’Agropur mettra fin à ses activités l’été prochain.   

Quelques semaines plus tard, le géant laitier a indiqué qu’il allait finalement fermer celle de 110 travailleurs de Damafro, à Saint-Damase, faute de pouvoir la rendre viable.   

Malgré la situation, le président général de l’Union des producteurs agricoles (UPA), Marcel Groleau, lui-même producteur laitier membre d’Agropur, s’est montré optimiste.   

«S’il n’y a pas de ristournes cette année, et même s’il y a un déficit, ce que je n’anticipe pas, les membres vont demeurer derrière la coopérative», a-t-il laissé tomber.   

Jointe par Le Journal, Agropur a décliné nos demandes d’entrevue avec Robert Coallier et Émile Cordeau à plusieurs reprises.    

Plus de 109 M$ en salaire pour les hauts dirigeants depuis 2012   

Les 3161 producteurs laitiers propriétaires d’Agropur ne pourront pas savoir si l’ancien numéro 1 de leur coopérative, Robert Coallier, aura droit à une indemnité de départ, a appris Le Journal.  

«Ce n’est pas une information d’ordre public», a confirmé au Journal sa vice-présidente aux communications, Véronique Boileau, en coupant court à la question.   

Plus de 109 millions $  

Ces dernières années, les 15 administrateurs et 12 membres de la direction d’Agropur sont passés à la caisse.   

Entre 2012 et 2018, ils ont reçu au total plus de 109 millions $ en salaires, primes et avantages, selon les documents financiers de la coopérative consultés par Le Journal.  

Durant cette période, leurs avantages et rémunérations ont bondi de 3,5 millions $, ou 37 %, passant de 9,4 millions $, en 2012, pour s’établir à 12,9 millions $, l’an dernier.   

Il y a deux ans, le cap des 26 millions $ avait fait sourciller plusieurs membres.   

«Si tu compares mon salaire avec ceux des hauts dirigeants, il y a de quoi se fâcher», s’est indigné l’un d’eux sous le couvert de l’anonymat, choqué de voir qu’il n’empoche pas plus d’argent, même s’il a réussi à gonfler sa production laitière de 20 % l’an dernier.   

Questionné à ce sujet, le président de l’Union des producteurs agricoles (UPA), Marcel Groleau, a évité de se mouiller.   

«Je n’ai pas de commentaire à faire là-dessus. Ça regarde le conseil d’administration de la coopérative», s’est-il limité à dire.   

Argent public  

Rappelons qu’Agropur a reçu récemment plus de 57,4 millions $ en aides financières du gouvernement Legault pour moderniser ses installations, soit 11,4 millions $ de subventions et 46 millions $ de prêts sans intérêts.   

La coopérative a aussi bénéficié d’investissements de près de 658 millions $ d’institutions comme la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ), Investissement Québec (IQ) ou le Fonds FTQ, en 2014 et 2015.  

Agropur en chiffres    

  • Excédent net (profits) : chute de 90 %, ou 25,1 M$, au 3e trimestre se terminant le 3 août dernier (de 27,6 M$ en 2018 à 2,5 M$ cette année)  
  • Fermetures d’usines : Lachute et Saint-Damase  
  • Mises à pied à venir : 200    

En chiffres   

  • Fondation : 1938  
  • Siège social : Longueuil  
  • Membres : 3161 producteurs laitiers  
  • Usines : 39  
  • Marques : Natrel, Québon, OKA, iÖGO    

(Source : Agropur)  

► Entre 2017 et 2018, l’excédent net a chuté de 107,3 M$, ou 61,3 %, passant de 175 M$ à 67,7 M$. Pour la même période, la dette à long terme s’est creusée de 400 M$, ou 40 %, de 1 G$ à 1,4 G$.  

SIX HAUTS DIRIGEANTS ONT QUITTÉ AGROPUR    

  • Michael Aucoin, président des opérations canadiennes  
  • Christine Forget, v.-p. achats stratégiques globaux  
  • Marie-France Veilleux, v.-p. coopération et gouvernance  
  • Benoît Zolnaï, v.-p. excellence opérationnelle   
  • Jérôme Dujoux, v.-p. marketing  
  • Annie Noël, v.-p. chaîne d’approvisionnement