/misc
Navigation

Des meilleurs salaires pour les enseignants

Bloc école
Photo d'archives

Coup d'oeil sur cet article

Le gouvernement du Québec est en situation de surplus budgétaires. Cette marge de manœuvre, héritage des coupes du gouvernement Couillard, ne passe inaperçue chez les syndicats du secteur public.

La saison des négociations salariales bat son plein. Et cette fois-ci, la partie de bras de fer sera fort différente que dans le passé, où le gouvernement pouvait dire aux syndicats qu’il n’avait pas un sou.

Surenchère syndicale

Pour une rare fois, les syndicats ne font pas front commun dans la négociation avec Québec. À défaut d’être coordonnées, chaque centrale syndicale tire la couverture de son côté au plus fort qu’il peut.

Les infirmières demandent 21,6% sur 3 ans. La CSQ demande 19% d’augmentations en 3 ans. La Fédération Autonome de l’Enseignement demande que le salaire maximal de ses membres passe de 83 000$ à 92 000$.

Parle-t-on de hausses déraisonnables ? Le diable est dans les détails.

La FAE demande à ce que ce salaire maximal de ses enseignants soit atteint 6 ans plus tôt qu’actuellement, soit après 11 ans d’expérience plutôt que 17.

Ce qui impliquerait que le salaire d’un nouvel enseignant, qui gagne présentement 42 400$, passerait à 56 400$. Une hausse, donc, de 33% pour les jeunes enseignants.

Mais au sommet de l’échelle salariale, la hausse serait plutôt de 10% sur 3 ans. On est quand même loin de l’exagération.

Valoriser des professions

Au-delà des surenchères, auxquelles le gouvernement Legault devra résister, l’absence de front commun a ses avantages.

Typiquement, les grandes centrales syndicales s’entendent entre elles avant de présenter leurs demandes salariales. Puisqu’il est difficile d’assurer cette unité syndicale lorsque certains corps de métiers sont braqués contre d’autres, les fronts communs font souvent en sorte que les mêmes pourcentages d’augmentations salariales soient offerts à tous les employés de l’État.

Cette fois-ci, le gouvernement Legault a donc une opportunité en or de revaloriser certaines professions qui sont en reste depuis longtemps. C’est notamment le cas des enseignants.

En toute objectivité, force est de constater que les salaires actuels ne sont pas suffisants pour retenir les enseignants. Plusieurs études montrent qu’environ le tiers des jeunes enseignants décident de quitter dans les 5 premières années de leur carrière.

De meilleurs enseignants

La FAE demande cependant à ce que le salaire des enseignants atteigne la moyenne canadienne. Il s’agit bien sûr d’une position de départ pour négocier. Néanmoins, ceci revient à comparer des pommes avec des oranges.

En Ontario, les enseignants doivent compléter un baccalauréat de 4 ans avant de compléter une année d’études supérieures en pédagogie. Leurs frais de scolarité sont plus élevés, tout comme le coût de la vie. Pour des raisons linguistiques évidentes, nos enseignants sont aussi moins mobiles.

Les augmentations salariales doivent être le premier pas d’une démarche de valorisation des enseignants dans la société. Elles doivent permettre d’attirer de meilleurs candidats dans les facultés d’éducation, où 30% des étudiants échouent encore leur test de français.

Et les différences de salaires n’expliquent pas tout... L’Alberta, qui les paie plus généreusement que nous, a aussi problème de décrochage chez ses enseignants.

 

Jean-Denis Garon est professeur à l’ESG UQAM