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La jeune miraculée amputée des quatre membres devient maman

La femme quadriamputée après un tragique accident d’auto a donné naissance à un garçon prénommé Loïc

 La nouvelle maman et son petit Loïc.
Capture d'écran, Karina Marceau La nouvelle maman et son petit Loïc.

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Celle qu’on surnomme la «miraculée de Noël» est devenue maman pour la première fois en fin de semaine, moins de deux ans après le terrible accident de voiture qui l’a laissée quadruple amputée.

À 2 h 50, dans la nuit de samedi à dimanche, Sabryna Mongeon donnait naissance à un beau garçon en santé de 6 lb et 2 onces.

«Il est fort et a du torque en tabarouette!» s’exclame avec fierté le papa, Jonathan Primeau, qui a rencontré la nouvelle maman de 20 ans à l’Institut de réadaptation Gingras-Lindsay-de-Montréal.

L’accident de celle-ci, survenu sur une route de campagne enneigée de l’Outaouais le soir du réveillon de Noël 2017, avait secoué tout le Québec.

Après avoir fait une embardée qui s’est terminée contre un poteau électrique, la jeune femme a été électrisée en sortant de sa voiture, mettant alors le pied sur le fil qu’elle n’avait pas vu.

Sabryna Mongeon en septembre 2018, neuf mois après l’acci­dent.
Photo d'archives, Martin Alarie
Sabryna Mongeon en septembre 2018, neuf mois après l’acci­dent.

Celle qui était serveuse à l’époque a perdu conscience pendant plusieurs heures, se retrouvant en état d’hypothermie avancée avant d’être sauvée par un bon Samaritain.

Quatre de ses membres ont toutefois été gravement brûlés et gelés.

Après deux mois passés aux soins intensifs, où elle a subi une dizaine d’opérations qui lui ont fait perdre ses deux jambes et ses deux avant-bras, la Lavalloise ne se doutait certainement pas qu’elle allait un jour rencontrer l’amour, puis donner la vie au petit Loïc.

Césarienne d’urgence

L’accouchement devait être provoqué dans la matinée d’hier, mais le bébé s’est finalement pointé le nez samedi dernier.

«J’avais convenu que j’allais accoucher par voies naturelles. Mais après plusieurs heures de travail, on a constaté que mon bébé était en détresse cardiaque. La décision de procéder à une césarienne d’urgence a été prise et, quelques minutes plus tard, mon fils était au monde», raconte Mme Mongeon.

Sabryna a eu l’aide d’une ergothérapeute qui lui a appris comment prendre soin d’un bébé avec ses prothèses.
Photo courtoisie, Jonathan Primeau
Sabryna a eu l’aide d’une ergothérapeute qui lui a appris comment prendre soin d’un bébé avec ses prothèses.

«Il a tout plein de cheveux comme moi!, s’enorgueillit-elle. Dès que je l’ai eu sur moi, j’ai tout de suite senti le lien fort qui nous unit!»

Bébé sevré

Comme la vaste majorité des amputés, Sabryna Mongeon prend des médicaments pour l’aider à supporter la douleur liée à la perte de ses membres.

Pendant la grossesse, la jeune femme a continué à les prendre, mais le dosage a été passablement diminué sous la supervision de son médecin spécialiste.

Pour s’assurer que le nouveau-né soit encadré et supporte bien le sevrage, l’équipe soignante a décidé de garder maman et bébé à l’hôpital durant 10 jours.

«Tout se passe super bien ! Loïc est gourmand et demande souvent le sein. Pour faciliter le sevrage, la moitié de son alimentation est constituée de lait maternisé et, pour l’autre moitié, je lui donne mon lait», précise la nouvelle maman depuis sa chambre d’hôpital.

Pendant sa grossesse, Sabryna Mongeon a été suivie assidûment par des experts du Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM) et du Centre de réadaptation Lucie-Bruneau.

La jeune amputée a rencontré une ergothérapeute qui lui a montré comment réussir à prendre soin de son bébé, changer des couches et donner le bain avec ses prothèses et du matériel adapté spécialisé.

Résilience

«Je suis tellement contente d’avoir eu ce suivi. Ça m’angoissait beaucoup la façon dont j’allais prendre soin de mon bébé. Là, j’ai des trucs. J’ai pratiqué, et je sais que je suis capable.»

Pour ceux qui pensent qu’avoir un enfant quand on est quadriamputée peut sembler inconscient, ce n’est nullement le cas, soutiennent les jeunes parents.

«Je leur dis qu’ils ne peuvent pas juger sans connaître Sabryna, sans nous connaître. On est bien entourés, débrouillards et on s’aime!» soutient le nouveau papa de 22 ans en référence à leur grande résilience, particulièrement celle de sa ­douce «miraculée de Noël».