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Nos fugueuses

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 Par centaines de milliers, des Québécois se sont émus de la tragédie que présentait la série Fugueuse. Pendant ce temps, loin du monde de la fiction, dans la vie réelle, dans la rue, l’horreur continue. Et gâche des vies. 

 Bravo aux députés qui sous le leadership de Ian Lafrenière ont lancé une commission parlementaire sur la question. L’ex-policier devenu député ne mâche pas ses mots. Il reconnaît d’entrée de jeu que le Québec est désormais reconnu comme étant une plaque tournante de l’exploitation sexuelle des mineurs. Il rappelle aussi à quel point cette « industrie » sombre rapporte beaucoup d’argent. 

 Les deux premières journées de travaux nous présentent le Québec comme une juridiction incompétente à protéger ses enfants. Il faut déplorer la facilité avec laquelle des crapules recrutent des filles aussi jeunes qu’à douze ans, pour les emprisonner dans leur monde infernal. Il faut aussi déplorer que trop peu de ces exploiteurs se retrouvent derrière les barreaux et que certains en ressortent si vite. 

ÉCOUTEZ le commentaire de Mario Dumont à l'émission Dutrizac, à QUB radio:

Devenir sérieux 

La présente commission doit envoyer un signal clair. Dorénavant, le Québec va protéger ses jeunes filles sérieusement. 

On ne fera pas le ménage dans l’exploitation sexuelle des mineurs sans prendre de front les abuseurs. Ce sont ceux qu’on a tendance à appeler les clients, ceux qui paient en pensant que cela leur donne le droit d’exploiter une mineure. Ils sont les vrais coupables de ce crime et ont une tendance naturelle à minimiser la gravité de leurs actions. 

La jeune de 14 ans que tu t’es « payée » a subi de la violence, on l’a menacée, droguée, conditionnée pour qu’elle s’adonne à des activités qui ne l’intéressent pas. Pour qu’elle se laisse taponner par un inconnu qui a trois fois, quatre fois son âge. 

Le « client » abuseur ne veut pas savoir. Il a réclamé une petite de 14 ans, il est prêt à payer le prix, le proxénète fait le nécessaire pour lui procurer la marchandise à ce prix. Simple transaction. Il ne veut pas savoir non plus qu’elle a des parents qui s’inquiètent, et des études abandonnées qui assom­brissent son futur. Il ne veut pas penser au fait que son objet sexuel est un être humain. 

En prison ! 

Ces abuseurs doivent vivre dans la peur. Le risque d’être arrêté doit être élevé. Les sentences doivent intimider. Parlant des sentences, le Code criminel prévoit maintenant une peine minimale de six mois de prison pour celui qui se fait prendre. 

Aux dires de policiers, la plupart des clients abuseurs sont surpris en apprenant qu’ils feront du temps derrière les barreaux pour leurs frasques. Certains auraient cru s’en sortir avec une réprimande et une amende. 

 En plus de renforcer les outils des policiers, je crois qu’une campagne de société devrait être lancée. J’imagine une publicité qui mélange l’opprobre social envers les abuseurs et un rappel cru du risque de passer du temps en prison. Il y a du matériel pour une publicité qui fasse réfléchir.