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Quand la lecture sauve des vies

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Samedi dernier, l’Institut de recherche sur le Québec tenait son colloque annuel Quelque chose comme un grand peuple, portant sur la question nationale. Le dernier panel était consacré à la question de l’école.

La journaliste et auteure Claudia Larochelle, dont l’engagement pour la promotion de la lecture et de la littérature est admirable et bien connu, y participait.

Je me permets de rapporter une phrase essentielle de sa conférence : « La lecture sauve des vies ». Cette phrase toute simple est d’une justesse remarquable.

Décrocher

Nous assimilons de plus en plus notre rêve de bonheur à un mot : décrocher. Décrocher du rythme infernal de nos vies. Décrocher de l’aliénation technologique. Décrocher de l’industrie du divertissement qui entend occuper notre temps libre en nous abrutissant, pour mieux nous pousser vers la consommation compulsive.

Georges Bernanos, un des grands écrivains français du dernier siècle, a déjà écrit que le monde moderne était « une conspiration universelle contre toute espèce de vie intérieure ». La lecture, pour peu qu’on la prenne au sérieux, permet de la retrouver. Ou du moins, elle en indique le chemin.

Écoutez Les idées mènent le monde, une série balado qui cherche a éclairer, à travers le travail des intellectuels, les grands enjeux de sociétés.

La lecture ne sert pas qu’à accumuler de l’information. Elle permet de développer un autre rapport au monde, elle réveille notre imagination, que la société de l’image tend à engourdir.

On peut ouvrir un essai, un livre d’histoire, un roman, un recueil de nouvelles ou de poèmes, et d’un coup sortir du tumulte du monde pour redécouvrir ce dernier à travers le travail de l’esprit. Un livre peut guérir d’un chagrin d’amour, révéler une passion intellectuelle inattendue, donner envie de s’engager dans une cause ou pousser à découvrir un nouveau coin de monde.

Mais pour lire sérieusement, évidemment, on doit savoir rompre avec le monde environnant ! Il faut, comme j’aime le dire, réapprendre à se concentrer. Aujourd’hui, c’est un effort mental, même physique.

J’enseigne depuis douze ans dans nos universités. Souvent, je me suis permis de recommander à un étudiant que je devinais plus curieux que les autres la lecture de tel ou tel ouvrage qui pouvait, me semblait-il, lui révéler sa propre vocation. Car on ne recommande pas le même livre à tout le monde. Il faut deviner quel livre peut le mieux toucher intimement notre interlocuteur, à partir de sa sensibilité propre.

Il y a des lecteurs contemplatifs, il y en a d’autres qui veulent retrouver dans un livre les pages les plus furieuses de l’histoire. Il y a des militants et des sceptiques. Mais quand une personne trouve le livre qui lui donnera envie de lire d’autres livres, sa vie, sans même s’en rendre compte, vient de basculer.

Renaissance

Mais je suis convaincu d’une chose : chacun peut trouver le livre qui lui permettra de voir l’existence d’une nouvelle manière et de se découvrir autrement.

Confession finale : je suis rarement aussi heureux que lorsque j’apprends qu’un ami a particulièrement apprécié le bouquin que je lui ai recommandé ou offert. Il y a là quelque chose de magique. Et c’est une magie à portée de main.