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40 nuances de Roberge (2)

Chapitre 2 : La valorisation de la profession

40 nuances de Roberge (2)
Photo Simon Clark

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En 2016, le porte-parole de la CAQ en matière d’éducation publiait un livre intitulé Et si on réinventait l’école ? À cette époque, l’ex-enseignant nous présentait sa vision de l’éducation. Une vision qui a fortement inspiré le programme de sa formation politique.  

Lors de son arrivée au pouvoir, Jean-François Roberge avait une longue liste de « to do ».     

Aujourd’hui, force est de constater qu’il suit son plan de match à la lettre.     

Pour le meilleur et pour le pire.    

En ce qui me concerne, je construis toujours ma liste de priorités selon un ordre décroissant d’urgences.     

Comment savoir si les « urgences » de notre ministre correspondent aux besoins de notre système scolaire ? Comment savoir si ses priorités auront un impact réel sur la réussite des élèves ?    

INEÉ  

Dans son Plan de valorisation de la profession enseignante (2018), monsieur Roberge nous informait que la CAQ appuie la création d’un Institut national d’excellence en éducation (INEÉ) :     

« Actuellement disséminées dans une panoplie d’organismes, les données probantes, les politiques efficaces et les méthodes pédagogiques éprouvées sont difficilement répertoriées. Personne ne fait le travail de lister les bonnes idées. Elles sont là, mais on passe parfois à côté, sans même les considérer. »    

Ah ? Il semble donc que le ministre procède à l’envers.     

La création de l’INEÉ aurait dû se trouver au sommet de sa liste de priorités.     

Mais bon, lorsqu’on possède déjà toutes les réponses aux questions, pourquoi s’embarrasser d’une bande d’emmerdeurs qui pourraient remettre en doute notre liste de « bonnes idées » ?    

Conseil d’établissement  

Tel que mentionné dans le premier chapitre des 40 nuances de Roberge, le projet de loi 40 est un dangereux fourre-tout.     

Dans son Plan de gouvernance scolaire (2018), Jean-François Roberge mentionnait que son parti allait accroître le pouvoir des conseils d’établissement des écoles (CE).     

Son projet de loi va dans cette direction.    

Et à qui bénéficiera ce nouveau pouvoir au sein des CE ?     

Au client.    

Le CE « amélioré » comprendra dorénavant 12 membres dont six parents d’élèves et un représentant de la communauté nommé par les parents élus.     

Et pour les experts de l’éducation ?    

Quatre membres du personnel (2 profs, 1 soutien et 1 professionnel).    

Ne vous en déplaise, il est naïf de croire que d’augmenter le pouvoir des parents va améliorer la réussite des élèves.      

« Là où l'École a le plus cruellement besoin des parents, c'est à la maison ! Nombreuses sont les recherches qui font la démonstration de l'importance de la qualité de l'encadrement parental pour la réussite et la persévérance. » - Marc St-Pierre    

En novembre 2018, le ministre disait vouloir « rapprocher la prise de décisions de ceux et celles qui sont sur le terrain, de ceux et celles qui connaissent les élèves par leur nom. »    

Dans les faits, le ministre rapproche plutôt la prise de décisions de ceux et celles qui connaissent le prénom de leur enfant.     

À ceux qui attendaient une valorisation de la profession : première gifle.     

Tripotage des notes  

Au printemps passé, le ministre Roberge était tout fier de mettre fin au « gonflement de notes ». Avec l’abolition du traitement statistique, il voulait envoyer au réseau scolaire un signal fort qui part d’en haut : « Ça sera beaucoup plus cohérent lorsque je rappellerai au réseau de respecter le jugement professionnel des enseignants et de ne pas gonfler les notes parce que j’aurai fait la même chose. »    

Un discours qu’on peut d’ailleurs lire dans le fameux Plan de valorisation de la profession enseignante de la CAQ : « Leur jugement professionnel sera reconnu et personne ne pourra donc « gonfler » unilatéralement les notes des élèves. Nous allons enfin reconnaître par la voie législative le statut d’expert de l’enseignant(e). »    

Et que dit le projet de loi à ce propos ?    

Les normes et modalités d’évaluation des apprentissages « peuvent toutefois permettre exceptionnellement au directeur de l’école, après consultation de l’enseignant, de majorer le résultat d’un élève... »    

À ceux qui attendaient une valorisation de la profession : seconde gifle.     

Ordre professionnel  

Dans son livre de 2016, Jean-François Roberge consacre un chapitre entier à faire l’apologie d’un ordre professionnel des enseignants. Une idée fixe que l’on retrouve également dans son Plan de valorisation de la profession enseignante :     

« Depuis sa fondation, la Coalition Avenir Québec considère la création d’un ordre professionnel des enseignant(e)s comme une voie à privilégier. En conséquence, un gouvernement de la CAQ entamera un dialogue avec l’ensemble du corps enseignant avec l’objectif de l’instaurer. »    

L’actuel projet de loi, avec la création de son comité d’engagement pour la réussite des élèves et l’ajout des obligations de formation continue (avec contrôle et sanctions possibles à défaut de s’y conformer), contient des éléments tangibles se rapprochant d’un ordre professionnel déguisé.    

La Fédération autonome de l’enseignement a comparé le projet de loi 40 à un cheval de Troie. Une offrande qui est en fait une ruse destinée à remporter la guerre.    

La dernière gifle à ceux et celles qui espéraient un dialogue de paix dans le but de valoriser la profession.