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Les assassins de notre langue

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Combien de temps encore la langue française résistera-t-elle aux coups de boutoir dont elle est victime en France comme au Québec ? Deux générations ? Peut-être trois...

La dégradation s’accélère. Des deux côtés de l’Atlantique. Au Québec, ce sont les humoristes, les téléromans et les commentateurs sportifs qui portent les coups les plus dévastateurs. En France, ce sont les médias, les publicitaires et une élite parisienne snobinarde, toujours en pâmoison devant des mots anglais qu’elle n’arrive même pas à prononcer correctement.

Contrairement à mes collègues, je ne m’émeus guère de la pratique banale du « Bonjour, Hi ». Elle est surtout mal avisée, « Hi » n’étant pas la salutation la plus courante de nombreux anglophones. J’étais tout à fait d’accord avec Denise Bombardier lorsqu’elle tombait à bras raccourcis sur les humoristes dont le vocabulaire comporte plus de sacres que de mots. La chère Denise fouette maintenant d’autres chats.

YVON DESCHAMPS, UN MODÈLE

Un français correct ne rend pas l’humour moins drôle. Louis-José Houde, André Sauvé ou Guy Nantel sont de dignes héritiers d’Yvon Deschamps. Lui ne recourait jamais à un langage de ruelle pour faire rire. Les femmes plus que les hommes étaient autrefois les gardiennes du bon parler. Celles qui les suivent parlent gras et truffent volontiers leur vocabulaire de sacres. Comme Marianna Mazza, Catherine Dorion ou les héroïnes de Trop à Radio-Canada.

Commentateurs et « joueurnalistes » des chaînes sportives s’imaginent-ils parler français lorsqu’ils disent que l’arbitre a « appelé une pénalité », que Toronto « signe » un joueur « gradué » d’une université, que la « rondelle circule », que Kotkaniemi ne sera pas « habillé » ce soir, que Drouin a « battu » le gardien dans sa « lucarne » en lançant de « l’enclave », sans parler des blessures « au bas » et « au haut du corps », des expressions horribles qui se répandent de plus en plus.

Les barbarismes et les anglicismes dont trop d’artistes et de commentateurs ignorent même qu’ils en sont, leur vocabulaire déplorable et l’extrême pauvreté des dialogues de nos téléromans réduiront bientôt notre langue à un dialecte qu’on ne comprendra plus hors du Québec.

Pendant ce temps, en France, où le mot juste est plutôt la règle et le vocabulaire dix fois plus riche que le nôtre, ce sont les expressions et les mots anglais qui gangrènent la langue au point où elle pourrait devenir un idiome dont l’usage se réduira comme peau de chagrin.

FRANCE IS IN THE AIR!

Les paroles des musiques qui accompagnent les feuilletons et les publicités de la télévision sont anglaises comme le sont presque toutes les chansons diffusées à la radio et dans les salles de cinéma. Les slogans publicitaires, les titres des articles de magazine, les marques des produits de luxe, les sites internet et de plus en plus de marques de commerce se déclinent en anglais.

Si on voyage avec Air France, par exemple, après avoir fait ses réservations sur son site « eSky », en « business » ou en « economy », avec ou sans points « flying blue », on sait qu’avec cette ligne aérienne « France is in the air! », ce qui n’empêchera pas l’avion d’atterrir au « Lorraine Airport » de Nancy!

Il fut un temps où on perfectionnait son français en lisant et en écoutant la radio et la télévision. Aujourd’hui, avec tous les assassins du français qui nous entourent, il faut être sourd et aveugle pour ne pas désapprendre le peu que l’on sait.