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Ni infaillible ni invincible

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Après avoir subi un barrage bétonné de critiques contre sa réforme du Programme de l’expérience québécoise (PEQ), le ministre de l’Immigration, Simon Jolin-Barrette, opérait mercredi matin un rare recul. Il annonçait l’ajout d’une clause de droits acquis pour les étudiants et travailleurs étrangers déjà installés au Québec.

Ceux-là pourront continuer à se prévaloir du PEQ d’avant la réforme et de sa voie rapide vers un Certificat de sélection du Québec et une résidence permanente. Bravo pour la décision. Le recul n’est cependant que partiel. Des problèmes de fond subsistent.

Imposée par le ministre, la liste des 218 domaines admissibles d’étude pour le PEQ est viciée. Revaloriser les diplômes de métiers est une bonne idée. À l’opposé, l’exclusion troublante des sciences humaines et des études universitaires supérieures trahit une vision déconnectée de la diversité pourtant essentielle à toute société avancée.

Repoussoir

Autre problème : la liste des 218 sera modifiée une fois l’an. Les prochains étudiants étrangers seront ainsi condamnés à une incertitude chronique qui, au lieu de les attirer au Québec, les repoussera.

Sur le plan politique, qu’en est-il ? Cet épisode servira-t-il ou non de leçon au gouvernement ? Sa tendance récente à bulldozer ses dossiers lui vaut déjà d’être vilipendé pour son manque d’empathie. On le qualifie aussi d’« autoritaire » et d’« amateur ». Gare au syndrome Gaétan Barrette !

Gros voyant jaune

Bref, un très gros voyant jaune s’allume devant le gouvernement Legault. Jouissant d’une longue lune de miel avec son électorat francophone, le vrai danger est qu’il commence à se sentir infaillible. Face à des partis d’opposition faibles, l’autre danger est qu’il se sente aussi invincible.

Or, toutes les lunes de miel finissent un jour. C’est pourquoi, lorsque vient le temps de préparer des politiques publiques, la « sensibilité » dont M. Jolin-Barrette se réclamait mercredi, après coup, est un outil beaucoup plus efficace en amont qu’en aval. Audi alteram partem – l’adage est sage.