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Cachez ce Bruel que je ne saurais voir

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Mercredi soir, j’ai posé un geste subversif. 

J’ai commis un crime de lèse-rectitude : je suis allé assister au spectacle d’un homme qui fait l’objet d’une enquête policière (mais qui n’est accusé de rien du tout). Oui, j’étais au spectacle de Patrick Bruel au Centre Bell. 

Heureusement que je n’ai pas annulé mon billet : j’aurais manqué une grande performance d’un artiste au sommet de sa forme vocale. C’est peut-être précisément parce qu’il est au cœur de la tourmente que Bruel avait à cœur de tout donner pour son public. 

JT’LE DIS QUAND MÊME 

Manifestement, Bruel avait hâte de renouer avec le public québécois, qui a toujours été parmi les plus actifs de la Bruelmania. Et quand le Centre Bell s’est illuminé de milliers de petites lampes de cellulaire pour accompagner la chanson Qui a le droit, on a vu le visage de Bruel retransmis en gros plan sur la scène, qui semblait sincèrement ému. 

N’en déplaise aux curés qui souhaitaient ardemment qu’il se fasse huer ou lancer des tomates, il s’est fait accueillir à coups de « On t’aime Patrick ». 

Comme des sorciers refusant de prononcer le nom de Voldemort­­­, certains médias ont carrément refusé de parler du spectacle de Patrick Bruel. 

Ils ont interviewé des fans à la porte, ont interrogé des personnes déçues qui avaient acheté un billet puis refusé d’aller au spectacle. On a lu ou entendu plusieurs versions du « Il n’y a pas de fumée sans feu », ce qui est en train de remplacer la notion de procès juste et équitable. 

Sophie et Richard ne sont pas bons aux fourneaux, mais ils savent cuisiner leurs invités! Invitez-vous à la table de Devine qui vient souper? une série balado originale.

Mais du spectacle présenté devant 10 000 personnes, ils n’ont pas dit un mot, comme s’ils se substituaient eux-mêmes au système de justice et condamnaient Bruel au silence. 

Personne n’a forcé les 10 000 spectateurs qui étaient hier soir au centre Bell à chanter en chœur les chansons de Bruel. Personne ne les a forcés à applaudir, à danser, à crier, à sauter. Personne ne les a forcés à être émus quand Bruel a repris avec talent la plus grande chanson du répertoire français, Avec le temps de Léo Ferré. 

Je refuse que certains tentent de culpabiliser ces fans d’avoir applaudi un artiste qu’ils aiment. 

Je comprends tout à fait que des fans aient choisi de rester chez eux mercredi soir (ou de ne pas honorer leurs billets pour la représentation de samedi à Québec). Mais comme média, on n’a pas à punir un artiste en le traitant comme un paria, alors que la justice ne s’est pas encore prononcée. 

Dans le dossier Bruel, d’un côté, on a des gens qui se comportent comme s’il était coupable. De l’autre, des gens convaincus qu’il est innocent. Personnellement, je ne suis ni croyante ni athée, je suis agnostique. Je ne sais pas ! 

Et en attendant de savoir (si des accusations sont déposées un jour, puis prouvées en cour), eh bien... je chante. 

SUR GRAND ÉCRAN 

La semaine prochaine, à Montréal, on pourra voir en avant-première le plus récent film dans lequel apparaît Patrick Bruel. Il donne la réplique à Fabrice Luchini dans Le meilleur est à venir

J’irai sûrement voir le film. 

Chers curés de la rectitude, dites-moi, est-ce rendu un péché de vouloir voir Bruel sur grand écran ?