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Le village gaulois

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On a souvent qualifié le Québec de village gaulois. Notre territoire est entouré d’une mer anglophone et si nous continuons depuis qu’on nous a ghettoïsés en 1763, 1774 et 1791, de parler français et d’afficher fièrement notre culture, nos différences, c’est grâce à des efforts de tous les instants. Un acte d’héroïsme, à n’en pas douter. 

Maintenant, imaginez un autre village gaulois : un petit pays, une île de surcroît, située à 90 milles des côtes étatsuniennes. Ce géant tout-puissant a toujours considéré ce village comme son arrière-cour et son terrain de jeu. Et pour mieux le surveiller de plus près, il y a installé une base militaire où ses soldats peuvent intervenir dans toute la région. La population a bien essayé de se libérer et d’obtenir son indépendance d’abord de l’Espagne puis des États-Unis, mais ses efforts ont toujours été frustrés, même si heureusement elle a réussi à conserver fièrement, comme nous Québécois, sa culture, sa langue, son idiosyncrasie. 

Jusqu’au jour où une armée rebelle et populaire réussisse à chasser du pouvoir le gouvernement corrompu à la solde de son maître nord-américain. À partir de là, tout a changé. Les pays de la région ont commencé à prendre conscience qu’il était possible de se débarrasser des gouvernements corrompus, un vent nouveau soufflait, la confiance était de mise et c’était réjouissant. C’est un peu comme nous avec les Catalans, les Écossais, les Basques, les Porto Ricains, on ne sent plus seuls dans notre combat et c’est encourageant. 

Mais au même moment, la bête blessée cherchait à reprendre le terrain perdu. Les États-Unis ont multiplié les attaques : tentatives d’assassinat sur le dirigeant du pays, Fidel Castro, invasion militaire, épidémies et fièvres de toutes sortes contre aussi bien les humains que le bétail, campagnes de diffamation en intervenant directement sur les ondes, bombes et sabotages et j’en passe. Sans oublier les campagnes de diffamation comme celles qu’on subit actuellement. 

Ici à Cuba, cela dure depuis soixante ans. La majorité de la population de l’île n’a pas connu ce que c’est que vivre sans blocus. Si, auparavant, on murmurait dans certains milieux mal intentionnés que cela faisait bien l’affaire du gouvernement socialiste qu’il y ait un blocus, car cela lui permettait de maintenir son emprise sur l’ensemble des activités économiques, ces murmures avaient disparu depuis que le président Obama avait obtenu un assouplissement du blocus génocidaire, autorisant les échanges commerciaux, culturels, scientifiques et universitaires, les voyages touristiques, les croisières, rouvrant même l’ambassade américaine à La Havane et effectuant par la suite une visite officielle dans ce pays assiégé. 

Les Cubains commençaient à prendre goût à ces nouvelles mesures. On sentait une nette amélioration dans le niveau de vie des Cubains, des initiatives privées furent encouragées avec le nouvel essor du tourisme. Finalement, même si le blocus persistait, la vie nous souriait sous un soleil toujours généreux. On faisait des plans pour le futur, aussi bien parmi la population qu’au gouvernement. On se prenait à rêver ce que serait la vie sans blocus. Pour de vrai. 

C’était trop beau. Trump est venu brutalement mettre un terme au rêve de tout un peuple. Vous vous souvenez comment on se sentait au lendemain du référendum de 1995 ? Floués, abattus, tristes. Eh bien, multipliez ça par mille. Le rêve s’écroule sous les coups de butoir d’un ennemi féroce et sans scrupule. On essaie maintenant d’asphyxier tout un peuple en le privant de pétrole pour faire rouler son économie ou de matières premières pour fabriquer ses propres médicaments. Mais la fierté demeure. Le durcissement du blocus semble avoir soudé davantage la population derrière ses dirigeants. On se rend compte du caractère odieux des mesures extraterritoriales qui affectent les livraisons de pétrole, entre autres. 

Jeudi, pour la vingt-huitième année consécutive, le gouvernement cubain a réussi à présenter dans l’enceinte de l’Assemblée générale des Nations Unies une résolution à être soumise à un vote et demandant que soit mis fin au blocus commercial, économique et financier imposé par les États-Unis contre son pays. C’est déjà un tour de force que soit présentée une telle résolution car les États-Unis s’y sont opposés. Par les années passées, cette résolution, demeurée lettre morte, a été adoptée par l’immense majorité des pays. Depuis quelques semaines, l’administration Trump se livre à un véritable chantage auprès des pays de la région pour qu’ils n’appuient pas la résolution. Une honte. 

Malgré ces basses manœuvres, l’immense majorité des pays, soit 187, ont voté ce jeudi en faveur de la résolution cubaine. Seuls, trois pays (États-Unis, Israël et Brésil) ont voté contre, et deux se sont abstenus (Colombie et Ukraine). C’est de nouveau une immense gifle assénée au gouvernement Trump et une grande victoire de Cuba sur la scène internationale. 

Imaginez ce que serait une journée sans blocus à Cuba...