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Privatisation de nos données personnelles: un non-sens intégral

Privatisation de nos données personnelles: un non-sens intégral
Simon Clark/Agence QMI

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Privatisation sans étude, sans débat et sans transparence 

La CAQ nous avait promis beaucoup de transparence et plein de consultations. François Legault s’est toujours défini comme quelqu’un de pragmatique. Un pragmatisme fondé sur les pressions des lobbyistes et qui ne peut blairer les études objectives, comme dans le cas du troisième lien à Québec, de l’usine de liquéfaction de gaz naturel à Saguenay, de la gestion des forêts ou de l’île d’Anticosti. Les études d’experts indépendants ou celles qui émanent des différents ministères, «qu’ossa donne»? Les études de spécialistes de centres de recherche privés et d’universitaires franchisés, c’est bien mieux, non? 

En avant toute, chez Amazon 

Alors, et c’est très grave puisque cela touche les données personnelles des Québécois et concerne notre sécurité nationale, la CAQ et son étincelant ministre délégué à la Transformation numérique, Éric Caire, ont décidé, sans étude sérieuse et sans consultation, de privatiser nos données personnelles à la transnationale américaine Amazon qui, elle, contrairement à l’État, est bonne dans beaucoup de domaines, de la vente de marchandises à la gestion de centre de données. Je les mets au défi de nous montrer une seule étude comptable neutre. 

Mais monsieur Caire n’a pas d’études sérieuses pour justifier sa décision. Voici ce qui l’a beaucoup aidé dans son cheminement décisionnel: «Amazon déploie 20 lobbyistes au Québec». 

Gros argument-choc. Des lobbyistes du privé qui ne s’abaisseraient pas à manifester dans la rue pour se faire entendre de nos élites politiques. Eux, ils ont le privilège et le droit de rencontrer à leur guise nos ministres et notre premier ministre. Ce sont des gens importants et bien connectés qui créent supposément de la richesse. Les lobbyistes ne grimpent jamais sur nos ponts. 

Amazon, à la fois philanthrope et mécène 

Oui, la privatisation de nos données personnelles à l’américaine Amazon comporte un risque important de protection et de sécurité nationale. Le gouvernement américain peut, dans certains cas, obliger Amazon à lui communiquer toutes les informations qu’il désire. Ça, c’est un fait: «Nos infos privées dans un “nuage” étranger? Le gouvernement américain pourrait avoir accès à nos données». 

Que c’est donc beau de voir ça: «Des cours gratuits d’Amazon aux fonctionnaires québécois». 

Moi qui suis très sensible, ça me touche de voir Amazon donner de façon totalement désintéressée des cours d’informatique. Certains ont accusé le mécène Amazon de faire du lobbyisme caché, mais Éric Caire est venu «courageusement» à la défense de l’opprimé: «“Lobbyisme caché”: Éric Caire défend Amazon». 

J’ai beaucoup de respect pour le vénérable chroniqueur du Journal de Montréal Michel Girard et, encore une fois, alors qu’il clamait ceci: «Privatisation informatique, Legault doit reculer». 

Monsieur Girard n’est pas le seul à suggérer au gouvernement caquiste de ne pas privatiser nos données personnelles ultra-sensibles à une transnationale américaine. Pour un gouvernement qui se dit nationaliste: «Nos données personnelles à l’étranger: l’opposition inquiète, la CAQ se veut rassurante». 

Monsieur Caire a voulu nous rassurer en nous servant les mêmes arguments minimalistes que ceux formulés par les lobbyistes d’Amazon et de leur firme de relations publiques. Il veut nous rassurer sans aucune étude sérieuse démontrant la supériorité de la privatisation sur la création d’une société d’État afin de stocker nos informations. D’ailleurs, la CAQ, Legault et Caire ne sont pas tellement entichés des sociétés à propriété collective: «Données personnelles. Pas question de société d’État». 

En plus de Michel Girard et de l’opposition officielle, d’autres ont fait valoir leur réticence concernant les modalités et les répercussions de cette privatisation à gogo: «Des données sensibles d’Élections Québec hébergées par Amazon. Des experts critiquent le choix de confier ces informations au géant américain». 

Monsieur Caire est-il en mesure de «rassurer» ces experts? J’aimerais savoir qui l’a rassuré lui-même... 

Amazon: rien d’autre au Québec, sauf un centre de données très subventionné et sans impôts à payer 

Vraiment cocasse d’entendre la CAQ parler de privatisation de nos renseignements personnels à une firme «privée» mais outrageusement subventionnée. Hydro va payer les frais de raccordement de 2 millions et offrir des tarifs à moins de 4 cents le kilowattheure; l’État va payer une bonne partie des salaires des employés d’Amazon au Québec et la CAQ leur offre un beau congé fiscal. Allô, privé! Aucune argumentation censée ne peut justifier la décision inconcevable de la CAQ. Legault a-t-il promis de remettre ou de prendre de l’argent dans les poches des Québécois? Au profit de qui? Et monsieur Legault qui a aussi dit que les surplus n’appartenaient pas aux syndicats... ben non, ils sont réservés à Amazon, Google, aux forestières, aux minières, aux gazières, etc. 

Alors, Amazon, flairant le Klondike subventionné de son centre de données qui facturera en plus le gros prix au gouvernement pour entreposer nos données, décide: «Le géant Amazon débarque à Varennes». 

En 2018, Amazon a ouvert son sixième entrepôt en Ontario – l'un d'eux se trouve à Ottawa –, qui emploie des milliers de personnes, mais aucun au Québec: «Amazon choisit une fois de plus l’Ontario». 

Amazon, qui a déjà en Alberta un entrepôt comptant 15 000 employés, décide d’en ouvrir un deuxième dans cette province pétrolière, mais toujours rien au Québec: «Amazon ouvrira un centre près d’Edmonton et créera 600 emplois». 

Et quant à son nouveau siège social en Amérique du Nord, il faut oublier le Québec: «Montréal propose [en vain] 15 sites pour le siège social d’Amazon». 

Un vrai gouvernement colonisé qui se prétend nationaliste. En retour, la CAQ aurait pu négocier avec Amazon l’ouverture d’un premier entrepôt au Québec, alors qu’il y en a six en Ontario, et même l’implantation de son siège social nord-américain à Montréal. Non, rien, niet, kaput. De vrais amateurs qui négocient en notre nom. La CAQ qui dit vouloir enrichir les Québécois et augmenter le produit intérieur brut (PIB) de la province. Faites-moi rire.  

Amazon, une entreprise très responsable socialement 

Que vois-je dans Le Journal de Montréal comme titre d’article? «Amazon s’approvisionne toujours au Bangladesh. Vêtements à 4,99$ faits dans les usines dangereuses».  

Comme Walmart, ils peuvent bien vendre moins cher que leurs concurrents en exploitant la misère humaine. 

En 2018, Amazon a réalisé un profit net de 14,8 milliards de dollars et a eu droit à un remboursement d’impôt de 170 M$ du gouvernement fédéral américain

Et ça prétend respecter les lois fiscales partout dans le monde: «Optimisation fiscale. Amazon, Google et Facebook se défendent devant le Parlement européen». 

Même s’ils ont engrangé de gros bénéfices au Québec, ils vont payer zéro impôt, grâce au congé fiscal accordé par la CAQ, tout en encaissant des millions en subventions. Et Québec va aussi payer une partie importante des salaires de leurs employés puisque leur centre de données fait partie de la «grappe» du commerce électronique. 

Et enfin: «Amazon. Une jungle pour ses employés» et aussi «Amazon. Le pire patron du monde».  

Conclusion avec le titre de cet article du Journal de Montréal: «Le géant Amazon exige la discrétion et soutire des aides financières». 

Encore une fois, nos élus se comportent en lobbyistes alors que tout milite pour le maintien de nos données personnelles dans un nouvel organisme d’État et rien pour sa privatisation.