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Un compromis est sûrement possible

Un compromis est sûrement possible
Photo Simon Clark

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Il arrive rarement de voir une telle unanimité se faire aussi vite contre une politique publique. Cet exploit inouï, la réforme du Programme d’expérience québécoise (PEQ) soumise par le ministre de l’Immigration Simon Jolin-Barrette, l’a pourtant réussi.

Rappelons que le PEQ permettait entre autres à des étudiants étrangers formés ici, dans nos cégeps et universités, d’obtenir plus vite un certificat de sélection du Québec et une résidence canadienne permanente. Tous les champs d’études étaient admissibles.

Sous la réforme, une nouvelle liste en limite toutefois le nombre à 218. On y favorise les techniques et les métiers tout en excluant les sciences humaines et les études universitaires supérieures. Le tout, selon le gouvernement, pour mieux répondre aux besoins immédiats du marché du travail.

Le ver dans la pomme, il est là. Si autant de voix s’élèvent contre la réforme — cégeps, universités, milieux d’affaires, etc. —, ce n’est pas pour contester l’importance des métiers, mais pour rappeler que les sciences humaines et les études supérieures sont tout aussi vitales à la société québécoise.

Crise politique

Ces mêmes voix rappellent également l’apport économique et culturel majeur des étudiants étrangers dans nos grandes villes, comme en régions. D’où leur demande d’annuler cette réforme somme toute mal avisée. Et d’où leur déception à la suite de l’annonce de Simon Jolin-Barrette de se limiter à soustraire de sa réforme les étudiants déjà installés au Québec.

Pis encore, ce qui devrait être un débat de fond s’est vite transformé à l’Assemblée nationale en crise politique partisane. Cherchant à couper court à sa longue lune de miel, les partis d’opposition en profitent pour égratigner le téflon de François Legault. Leur cible collatérale est Simon Jolin-Barrette, qu’ils tentent de déboulonner de son piédestal d’« homme fort » du gouvernement caquiste.

Dans le feu de la joute politique, M. Legault sort ses crocs en réaction. Il qualifie l’ancien PEQ de « mauvais programme libéral » et s’en prend même aux recteurs et aux milieux d’affaires, qu’il présente comme des lobbies intéressés à mousser leurs propres intérêts. Misère. Quel mauvais western !

Mauvais western

Pour protéger sa réforme, le premier ministre joue aussi sur les mots. Il jure vouloir « prioriser » les métiers. Il sait pourtant fort bien que le problème est ailleurs. Il est dans le caractère trop restrictif de sa fameuse liste des champs d’études admissibles au PEQ. Il est aussi dans sa baisse des seuils d’immigration qui l’oblige à réduire le nombre de candidats dans la catégorie des immigrants économiques.

Le plus triste ? Pendant ce temps-là, les milieux éducatifs et d’affaires cherchent à en débattre de manière constructive et non partisane. Ils cherchent des solutions et non pas la confrontation. Simon Jolin-Barrette pourrait d’ailleurs « revisiter » sa réforme aisément. Tout gouvernement a droit à l’erreur.

Rien ne l’empêche de « prioriser » certains champs d’études sans pour autant en exclure d’autres, tout aussi utiles à la vitalité de notre société. Un compromis honorable et bon pour le Québec est sûrement possible.