/opinion/blogs/columnists
Navigation

Voler les Québécois en toute impunité

Bloc UPAC
Photo d'archives, Maxime Deland

Coup d'oeil sur cet article

Désolée pour la formule, mais là, c’est le boutte du boutte. Encore une enquête de l’UPAC sur le PLQ qui, après de longues années à traîner dans ses coulisses, finit en gros pétard mouillé. 

Cette fois-ci, pour citer le Journal

«L’Unité permanente anticorruption (UPAC) a provoqué la surprise du gouvernement, vendredi, en fermant sans accusations le dossier Justesse, une enquête où des collecteurs de fonds libéraux étaient soupçonnés d’avoir trempé dans une fraude à la Société immobilière du Québec (S IQ). 

Le commissaire à la lutte contre la corruption Frédérick Gaudreau a fait cette annonce dans un communiqué diffusé vendredi matin.     

«Les conditions ne sont effectivement pas réunies pour aller plus loin et soumettre une demande d'intenter des procédures au Directeur des poursuites criminelles et pénales», indique-t-on dans le communiqué. L’enquête Justesse, amorcée en 2010, s’est penchée sur des transactions immobilières douteuses faites en 2004 et en 2007 par la Société immobilière du Québec (SIQ).        

Franco Fava et deux autres ex-organisateurs du Parti libéral du Québec, William Bartlett et Charles Rondeau, étaient au nombre des suspects, tout comme l’ex-patron de la SIQ, Marc-André Fortier.        

L’UPAC croyait qu’ils avaient commis une fraude leur ayant permis d’empocher des commissions secrètes de plus de 2 millions de dollars «dans le cadre de la vente de bâtisses et de locations à long terme». 

*** 

Bref, l’UPAC devrait peut-être songer très sérieusement à changer son nom pour l’Unité permanente des Serpuariens. 

Cette histoire avait pourtant tout ce qu’il faut pour mettre la main sur les filous. Or, il faut croire que dans la «Belle province», on peut voler le trésor public, donc, les Québécois, en toute impunité. 

C’est même à se demander si dans les hautes sphères du pouvoir, y compris au sommet des corps policiers, on mesure pleinement à quel point les échecs répétés de l’UPAC dès qu’il s’agit du pouvoir politique provincial, minent profondément le peu de confiance qu’ont encore les Québécois envers les institutions qui sont censés les protéger de la fraude et du vol de fonds publics. 

En démocratie, lorsque la confiance envers les corps policiers vacille à point, c’est qu’il y a quelque chose de pourri au royaume des aveugles volontaires. 

Tenez. Pour une fois, prenons-en bien la pleine mesure. 

Pour ce faire, vous me permettrez de reprendre une chronique parue le 8 novembre 2016 – eh oui, il y a trois ans déjà aujourd’hui, jour pour jour -, sur ce même scandale de la SIQ.  

Considérant l’inacceptable a fin pitoyable de cette histoire en eau de boudin, se rafraîchir la mémoire n’est surtout pas un luxe. 

Ah oui, j’oubliais. Le titre de ma chronique était «ÇA SENT LA POURRITURE » »... 

La voici en rappel : 

«Ça sent la pourriture d’un bout à l’autre.» Ces mots sont ceux de Jean Vézina, ex-patron de la Société immobilière du Québec (SIQ) dans les années 1990. Rebaptisée depuis, la SIQ gère la majeure partie du vaste parc immobilier de l’État. 

Ces mots, M. Vézina les lance dans un reportage-choc de l’émission Enquête. La «pourriture» dont il parle, c’est la plus importante fraude alléguée dans une société d’État au Québec. 

Ce scandale décroche les mâchoires et lève le cœur. 

Marc-André Fortier, ex-PDG de la SIQ nommé par le gouvernement Charest en 2003 et trois influents collecteurs de fonds libéraux – William Bartlett, Franco Fava et Charles Rondeau –, auraient fraudé la SIQ pour 2 millions de dollars acheminés ensuite vers des paradis fiscaux. 

En accordant des avantages indus à des acheteurs ou à des locateurs, ils auraient aussi privé le Trésor public de 47 millions $. 

La «pourriture», c’est aussi le vulgaire copinage à l’origine du scandale. 

Une partie des fonds détournés aurait-elle même transigé par le PLQ? Mystère et boule de gomme. 

Marie-Antoinette 

À la commission Bastarache, on apprenait déjà que Fava et Rondeau en menaient large au PLQ. Jusqu’au bureau du premier ministre Jean Charest, les Dupond et Dupont de la caisse libérale «aidaient» même à choisir quels «amis» seraient récompensés par des nominations partisanes. On y faisait de la politique payante. 

C’est aussi l’histoire d’une ministre «responsable» qui n’en avait cure. À Enquê¬te, l’ex-présidente du Conseil du trésor, Monique Jérôme-Forget, laisse tomber que la SIQ – cette bande de «pas bons» sans prestige, dit-elle –, ne l’intéressait tout simplement pas. 

Cette réaction à la Marie-Antoinette est révoltante. Mais elle témoigne surtout de cette vieille «culture» politique où, dès qu’il est question de «placer» les «amis» du parti, la confiance aveugle fait foi et fi de tout. 

Après la commission Charbonneau et en pleine crise de «surveillance» policière de journalistes, ce dernier scandale participe de la même dégénérescence éthique. 

À Enquête, ce qu’en dit Christian Plourde, enquêteur à la retraite de l’UPAC, glace le sang: «Ce sont des gens qui se sont associés de façon très ouverte avec le premier ministre qui était en poste. (...) Par définition, lorsqu’on enquête en criminalité financière organisée ou en corruption, on est toujours dans les sphères gouvernementales. Mais là, on se rendait compte qu’on était pas mal proche du premier étage.» 

Antidote 

Le même parti étant au pouvoir, le plus grand danger est que la «pourriture» nourrisse toujours plus le désengagement des citoyens. Le parfum ambiant du «tout est pourri» est pourtant le pire ennemi. Or, un antidote existe. Il s’appelle l’«indignation». 

En 2010, Stéphane Hessel signait Indignez-vous! – un essai au succès planétaire. Son message: face aux injustices, le silence n’est pas une option. 

La réponse, disait-il, se trouve dans l’action par la prise de parole et l’engagement social. Car rien ne sert mieux les intérêts des ripoux que le cynisme et la démobilisation.