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Catherine Dorion: Prise 2

Catherine Dorion
Photo Simon Clark Catherine Dorion

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Ma chronique de mardi dernier a provoqué des réactions épidermiques et politiques qui en disent long sur la société dans laquelle nous vivons. Une société à vrai dire en perte de repères et minée de l’intérieur par la rectitude politique, qui, à la manière du lierre, pénètre en rampant jusqu’aux interstices de nos replis collectifs.

D’abord, il s’agit de la façon dont j’ai écrit les choses. J’ai nommé l’innommable, à savoir les intentions subconscientes sans doute du geste de la députée, déguisée en députée à la pose sexuellement évidente. Ce qui a été minimisé par la plupart des observateurs et commentateurs, des hommes presque exclusivement. Il est clair qu’une peur s’est emparée de ces derniers, et leur malaise était palpable.

« C’est une belle photo », affirmaient plusieurs, comme s’ils se refusaient à voir ce qu’ils avaient tous vu, c’est-à-dire son fond de culotte. C’est bien connu que l’homme québécois, qui n’est ni macho ni grossier, n’ose plus porter un jugement sur le comportement des femmes.

D’autres ont même prétendu avoir choisi de ne pas commenter ce « détail », alors que tant de dossiers politiques importants méritaient de faire la manchette dans les médias, disaient-ils. Belle rationalisation, n’est-ce pas ?

Trouble

Quant aux femmes, il suffit d’entendre les commentaires de la vice-présidente de l’Assemblée nationale et de la porte-parole des femmes parlementaires pour comprendre le trouble dans lequel les place Catherine Dorion, qui se f... des codes en se déguisant, comme elle voit ses consœurs, en tailleur et talons aiguilles, mais en ajoutant le côté quasi porno, ce qui n’est pas flatteur pour les élues.

Découvrez À haute voix, une série balado sur les enjeux de la société québécoise contemporaine, par Denise Bombardier.

Le président Paradis semble, lui, en perdre son latin. Or un groupe d’élus a refusé jeudi que la députée Dorion, habillée en coton ouaté cette fois, entre dans le Salon bleu.

Quelle désolation que ce micro-scandale suscité par une supposée féministe révolutionnaire, qui n’en finit plus de chercher les projecteurs qui la font exister !

Comment expliquer qu’une femme supposément intelligente déstabilise ainsi une institution avec des agissements que l’on observe chez les ados en mal d’affirmation personnelle ?

Message

Catherine « Fuck les codes » envoie un message à tous : ne respectez aucune contrainte personnelle, aucun règlement qui vous déplaît, aucun protocole qui vous empêche d’épanouir votre moi. Moquez-vous des traditions, ces vieilleries historiques de l’époque jurassique, qui ont écrasé l’humanité. Oubliez les idées et engouffrez-vous dans les apparences. Parlez d’abord aux réseaux sociaux avant de vous occuper du peuple et immergez-vous dans des distractions, façon d’oublier les raisons de l’engagement politique.

Cette désacralisation de l’institution parlementaire n’est pas un « détail ». Nous ne sommes donc pas à l’abri des dérapages. Le bien commun jadis glorifié a été emporté par la quête des intérêts personnels. Le « moi » a fait éclater le « nous ».

D’ailleurs, nous vivons dans le paradis des droits personnels. Chacun a sa charte, ses codes, son protocole, sa façon de parler, sa morale et ses vérités, sa tribu ou son clan.

Le sens des fonctions et les vertus politiques subissent les rires des têtes brûlées.