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«Crève avec moi»: Léa Clermont-Dion explore une délicate question

Léa Clermont-Dion
Photo Agence QMI, Mario Beauregard Léa Clermont-Dion

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« Meilleurs amis pour la vie. » Cette promesse de cours de récréation, prononcée des millions de fois par de jeunes gens aussi naïfs que sincères, peut-elle survivre à un drame ? L’auteure Léa Clermont-Dion explore cette délicate question dans un premier roman sur l’amitié fusionnelle entre deux adolescentes captives d’un village sordide.

Crève avec moi nous plonge à la fin des années 1990. Les téléspectateurs chantent avec Véronique Cloutier en regardant La Fureur, le groupe rap Dubmatique est au sommet de sa gloire et Britney Spears est l’idole d’une nouvelle génération de jeunes filles comme Léa et Poupie. Bien qu’elles aient des tempéraments très différents, les deux adolescentes de 14 ans sont inséparables. Elles ont même conclu un pacte d’amitié « à la vie à la mort », scellé par un collier « Best friends forever ».

Le sort a voulu qu’elles grandissent à Gardenville, un bled où les rares distractions consistent à fréquenter la plage municipale, à fumer de l’herbe en cachette et de boire de la Smirnoff Ice dans un party de sous-sol. À l’occasion de l’une de ces fêtes, Poupie s’écroule sur le trottoir, victime d’une psychose déclenchée par l’alcool. L’adolescente reste hospitalisée des semaines, l’esprit déconnecté du monde réel. Le drame mettra à rude épreuve l’amitié entre Léa et Poupie.

Quête d’authenticité

Plus connue pour ses prises de position féministes et pour ses essais comme La revanche des moches, qui explore les dessous de l’industrie de la beauté, Léa Clermont-Dion qualifie de « salvatrice » cette première incursion dans la fiction.

« Entre la réalisation de mon documentaire et de la rédaction de ma thèse de doctorat, j’avais besoin de sortir de ma zone de confort. Crève avec moi est une fiction construite à partir de moments de vérité dans ma vie personnelle. Cette histoire me tiraillait depuis longtemps, mais je ne savais pas comment le faire jusqu’à ce qu’on me propose d’écrire ce livre. J’ai voulu être aussi authentique que possible en m’appuyant sur mon expérience et mes souvenirs. »

Thèmes universels

En plongeant au cœur de ses souvenirs de jeunesse, l’auteure souhaitait aborder des thèmes plus universels. « Je trouvais intéressant de jouer sur des cordes sensibles. À l’adolescence, l’amitié féminine est très précieuse parce qu’elle arrive en même temps qu’une crise identitaire. Il y a une dimension mystérieuse, voire mystique dans cette forme d’amour platonique. »

Dans le récit, l’amitié de Poupie s’avérera déterminante pour la narratrice. « L’histoire possède deux thèmes forts : la nostalgie et la quête identitaire, résume l’auteure. La narratrice est obsédée par la mort. Elle est en quête de sens et elle n’est pas préparée au drame qui frappe son amie. Elle se demande à quoi sert la vie, d’où sa colère et son insolence. Devenue jeune femme, elle s’émancipe. »

Révolte

Au drame s’ajoute le sentiment d’aliénation qu’éprouvent les deux adolescentes de grandir dans un milieu qui n’offre aucun avenir à sa jeunesse.

Gardenville, un village fictif, apparaît comme un lieu défavorisé et lugubre où rôdent les fantômes des jeunes suicidés et les prédateurs sexuels. « Pour moi, c’était aliénant de vivre dans ce milieu. Je voulais décrire un lieu peuplé de morts à l’atmosphère glauque, mais il ne faut pas y voir du mépris, nuance Léa Clermont-Dion. L’histoire est racontée du point de vue d’une adolescente révoltée de 14 ans. Je viens d’un milieu modeste et je ne le renie pas. »

Crève avec moi, Léa Clermont-Dion, Éditions Québec Amérique, 129 pages
Photo courtoisie
Crève avec moi, Léa Clermont-Dion, Éditions Québec Amérique, 129 pages

« J’avais besoin de sortir de ma zone de confort. Crève avec moi est une fiction construite à partir de moments de vérité dans ma vie personnelle. Cette histoire me tiraillait depuis longtemps, mais je ne savais pas comment le faire jusqu’à ce qu’on me propose d’écrire ce livre. J’ai voulu être aussi authentique que possible en m’appuyant sur mon expérience et mes souvenirs »

– Léa Clermont-Dion