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Des blessures invisibles, mais réelles

Different generations women talking holding hands giving psychological support
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Quand on parle de maltraitance envers les aînés, on pense souvent à la violence physique, sexuelle, ou encore aux abus financiers. Or, il en existe une autre forme qui est encore plus sournoise, mais bien réelle : la maltraitance psychologique.

Bien qu’elle ne soit pas visible à l’œil nu, la maltraitance psychologique s’avère souvent la plus fréquente et la plus dommageable pour une personne âgée qui serait fragilisée par la maladie ou les aléas du vieillissement. Elle est d’autant plus insidieuse que ceux qui l’infligent ont parfois l’impression d’agir dans l’intérêt de la personne vulnérable.

Vulnérabilité

Précisons que des limitations ou une incapacité d’agir, de penser et de s’exprimer constituent différentes formes de vulnérabilité, pouvant être présentes, entre autres, chez une personne âgée qui est malade ou en perte d’autonomie.

Le manque d’écoute aux réels besoins d’une personne peut mener à une forme de maltraitance psychologique. Forcer une personne âgée vivant dans un CHSLD à participer à des activités qui ne l’intéressent pas, au bingo ou à une sortie par exemple, sous prétexte que « ça lui changera les idées », peut engendrer de la détresse psychologique. Car plus la date de l’activité approche, plus l’angoisse monte à la perspective d’y participer, ce qui non seulement n’était pas le but initial recherché, mais aussi, et surtout, ne correspond pas à ce que souhaitait cette personne, ni à ses besoins.

De plus, le fait de monter le ton ou de répéter en criant à quelqu’un qui n’est pas sourd, mais atteint d’un trouble cognitif ou de langage qui l’empêche de comprendre ce que l’on dit, peut engendrer de la détresse et ainsi devenir une forme de maltraitance psychologique. Le fait de dénigrer, humilier ou ridiculiser – sous prétexte ou non de faire des blagues – peut aussi constituer un mauvais traitement psychologique, et une preuve flagrante du manque d’écoute à l’égard des aînés vulnérables. Il en est de même pour une attitude infantilisante, ou encore condescendante à leur égard.

En l’absence d’empathie, d’une réelle écoute, ou encore lorsque le ton lève constamment, il devient difficile pour ces personnes d’exercer un certain contrôle sur une situation, ou d’exprimer leur inconfort devant les pressions qu’elles subissent, parfois imposée avec la meilleure volonté du monde et « pour leur bien ». D’autant plus que les aînés vulnérables auront souvent tendance à se réfugier dans le silence, craignant les représailles.

Une culture de bientraitance

Devant une personne vulnérable, certains éléments sont nécessaires pour assurer leur protection, et ainsi éviter la maltraitance : de l’empathie, une bonne compréhension de ce qui se passe dans leur tête et une connaissance du contexte qui l’entoure, dont les soins et services disponibles.

Savoir se mettre à la place de la personne, bien l’observer dans différentes situations pour comprendre comment elle réagit – surtout s’il lui est impossible de le faire verbalement – et assurer une simple présence, voilà autant de facteurs de protection pouvant éviter bien des conséquences douloureuses.

Et elles sont nombreuses : anxiété, dépression, agressivité, insomnie, perte d’intérêt et de concentration, augmentation de la prise de médicaments, etc. Tous ces maux pourront être évités, ou atténués, si ces personnes vulnérables ne sont pas seules, entourées de gens capables de faire valoir leurs droits et d’identifier les recours si elles sont victimes de maltraitance.

Cette prise de conscience et ce changement ne sont pas seulement l’affaire des professionnels de la santé, de la formation qu’ils reçoivent, des aidants naturels ou des proches. Instaurer une culture de la bientraitance, c’est aussi une démarche collective qui a pour but de mettre en place le meilleur accompagnement possible pour les aînés.

Après tout, on reconnaît la grandeur d’une société à sa capacité de prendre soin de son monde, et à plus forte raison, de ses personnes les plus vulnérables.