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En culottes courtes devant les syndicats

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Photo ANNIE T. ROUSSEL Les faiblesses qu’a montrées la CAQ cette semaine ne sont pas rassurantes à la veille des négociations du secteur public.

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Le gouvernement de la CAQ vient de vivre une semaine hautement dommageable. Les caquistes se sont cassé la margoulette sur l’un de leurs thèmes importants, la réforme de l’immigration. Ils ont montré des signes inquiétants d’amateurisme. Ils ont fourni du carburant et des arguments à leurs ennemis.

Encore pire que tout ça, le gouvernement de François Legault a montré ses premiers véritables signes de faiblesse. Et pour montrer de la faiblesse, le moment est bien mal choisi : le gouvernement entre dans la phase critique des négociations avec les centaines de milliers d’employés de l’État.

Pilier fragilisé

Résumons la semaine. Le gouvernement est largement appuyé par la population dans le dossier de l’immigration. Il aura néanmoins réussi à inquiéter le public avec sa maladresse. Le ministre de l’Immigration s’est mis le bras dans le tordeur avec un projet mal ficelé. Ce fut douloureux de l’en arracher.

Dans l’exercice périlleux, ce ténor de l’équipe ministérielle a endommagé sa crédibilité. Simon Jolin-Barrette a entraîné son premier ministre et son gouvernement dans une controverse inutile. Il a dû reculer platement.

Il a même raté l’annonce de son recul en insistant sur le fait qu’il avait « pris la décision » puis informé le premier ministre. Je peux vous dire que ce n’est pas comme ça que les choses se passent dans un gouvernement.

Finalement, le gouvernement de la CAQ perd un vote sur l’immigration parce que sur les 75 députés élus, seulement trois siègent au Salon bleu. Quel amateurisme ! Pas de conséquence juridique, mais une équipe gouvernementale qui perd la face.

Cela survient dans une semaine où nous avons appris que plusieurs députés de la CAQ se plaignent de travailler trop fort. Trop de commissions parlementaires pour adopter trop de projets de loi ! Ouf ! Je les invite à revoir l’agenda législatif des premières années du gouvernement de René Lévesque. Ils auront une meilleure idée de la détermination qu’il faut à un nouveau gouvernement qui veut faire arriver ses réformes.

Le temps du courage

Tout cela ne montre ni beaucoup de rigueur ni beaucoup de tonus. Vous me permettrez de m’inquiéter à la veille des négociations du secteur public. Les demandes auxquelles ils font face prouvent l’appétit syndical. Les chefs syndicaux voient les surplus et ont promis à leurs membres de faire sauter la caisse.

Aurons-nous un gouvernement assez solide pour faire face à cet assaut du buffet ? On nous avait promis un gouvernement rigoureux et soucieux des dollars des contribuables. Signer des conventions collectives, c’est s’engager pour les décennies à venir. Est-ce que la négociation sera préparée avec plus de minutie que certains projets écrits sur des coins de table ?

Ce qui m’inquiète surtout, c’est le courage. Ces nombreux députés qui n’ont jamais connu la défaite, ni les mauvais sondages, ni l’adversité en politique vont-ils blêmir si des milliers de manifestants prennent la rue ? Puis pleurnicher au caucus pour que leur gouvernement achète la paix... avec notre argent ?